Trois ans après un procès très médiatisé, l’affaire opposant Ousmane Sonko à Mame Mbaye Niang connaît un nouveau rebondissement devant la Cour suprême. La haute juridiction est saisie d’une demande de révision qui pourrait rouvrir un dossier aux implications politiques majeures. (Avec quotidien EnQuête)
L’affaire judiciaire opposant Ousmane Sonko à l’ancien ministre Mame Mbaye Niang connaît un nouveau développement devant la Cour suprême. Les avocats du Premier ministre ont déposé début mars 2026 un mémoire en révision de seize pages visant à faire annuler l’arrêt qui l’avait condamné pour diffamation.
En face, les conseils de Mame Mbaye Niang ont rapidement réagi en déposant, dès le 5 février, un mémoire en défense de dix-sept pages. La confrontation juridique s’annonce intense dans un dossier qui avait profondément marqué la vie politique sénégalaise.
L’origine de l’affaire remonte au 22 novembre 2022. À l’époque, Ousmane Sonko, alors dans l’opposition, accusait publiquement Mame Mbaye Niang d’avoir été mis en cause dans un rapport relatif au programme PRODAC.
Estimant ces accusations diffamatoires, l’ancien ministre avait porté plainte.
À l’issue du procès, Ousmane Sonko avait été reconnu coupable et condamné à deux mois de prison avec sursis ainsi qu’à 200 millions de francs CFA de dommages et intérêts. En appel, la peine avait été aggravée à six mois avec sursis et assortie d’une condamnation pour injures publiques, entraînant son inéligibilité à l’élection présidentielle de 2024.
La procédure semblait définitivement close après le rejet d’un pourvoi en cassation et d’une demande de rabat d’arrêt.
Mais le 29 décembre 2025, le Procureur général près la Cour suprême, agissant sur instruction de la ministre de la Justice Yassine Fall, a demandé la révision du jugement. Cette requête s’appuie sur un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) qui n’aurait pas été versé au dossier lors du procès.
Les avocats de Mame Mbaye Niang contestent fermement cette démarche. Selon eux, le document évoqué était déjà connu et ne peut être considéré comme une pièce nouvelle susceptible de justifier une révision.
Ils vont plus loin en mettant en cause l’authenticité même du rapport. Selon leur argumentation, il s’agirait d’un document provisoire qui n’aurait jamais été officiellement validé.
Face à cette situation, les avocats de l’ancien ministre ont déposé une plainte pour faux et usage de faux visant notamment le ministre des Finances Cheikh Diba, ainsi que Ousmane Sonko et la ministre de la Justice.
La Cour suprême se retrouve ainsi devant un dossier particulièrement sensible, mêlant enjeux judiciaires et politiques.
La haute juridiction n’a pas encore fixé la date de l’audience, mais sa décision pourrait faire jurisprudence et redéfinir les conditions de révision des décisions pénales au Sénégal.
(Avec quotidien EnQuête)

