Un événement mondial qui n’arrive qu’une fois tous les quatre ans. Canal+ Afrique a choisi de le confisquer à ses abonnés africains.
La Coupe du Monde FIFA 2026 a lieu tous les quatre ans. Elle mobilise cinquante-quatre nations africaines candidates, des millions de supporters sur le continent, et des milliards de téléspectateurs dans le monde entier. Canal+ Afrique, elle, a choisi de ne pas la diffuser pour ses abonnés africains (tout en continuant d’encaisser leurs abonnements). Ce scandale mérite d’être dit, dénoncé et combattu.
Il y a des trahisons ordinaires et des trahisons qui insultent tout un continent. Celle que Canal+ Afrique inflige en ce moment à ses abonnés africains, essentiellement de l’espace francophone, appartient à la seconde catégorie. Pendant que la planète entière vibre au rythme de la Coupe du Monde FIFA 2026, organisée pour la première fois à trois pays hôtes (les États-Unis, le Canada et le Mexique), des millions d’Africains, abonnés fidèles et payants de Canal+, se retrouvent le regard rivé sur un écran noir. Non pas parce qu’ils n’ont pas payé. Mais parce que Canal+ a délibérément choisi de ne pas leur diffuser l’événement sportif le plus regardé de la planète.
Ce choix n’est pas un dysfonctionnement passager. Ce n’est pas une négligence administrative. C’est une décision d’entreprise, froide, calculée et assumée, qui révèle la véritable nature des rapports que Canal+ International entretient avec le continent africain : des rapports de dominant à dominé, de prestataire sans scrupules à clientèle captive, d’une entreprise qui prélève sans jamais rendre ce qu’elle doit. L’Afrique paie, l’Afrique regarde ailleurs.
Ce qui rend ce scandale particulièrement révoltant, c’est le contexte financier dans lequel il s’inscrit. Canal+ Afrique ne survit pas grâce à ses abonnés européens (elle prospère grâce à ses abonnés africains). Le marché africain constitue aujourd’hui le socle, le pilier et le moteur de croissance du groupe Canal+ International. Ce sont les abonnés du Sénégal, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Mali, du Gabon, du Congo et de dizaines d’autres pays africains qui financent, chaque mois, les infrastructures, les droits de diffusion et les rémunérations confortables des dirigeants de ce groupe. Et c’est précisément ces mêmes abonnés (ceux qui font la fortune de Canal+) que l’on choisit de priver du plus grand événement sportif mondial.
La dimension africaine de cette Coupe du Monde 2026 donne encore plus de poids à l’indignation. Le continent est représenté par plusieurs nations qui ont arraché leur qualification dans la sueur et la passion. Des millions de supporters africains ont rêvé de voir leurs Lions, leurs Éléphants, leurs Eagles, leurs Fennecs fouler les pelouses américaines. Ils ont souscrit ou renouvelé leurs abonnements Canal+ en partie dans l’espoir légitime de suivre leurs équipes nationales dans les meilleures conditions. On leur confisque ce rêve. On leur arrache cette fierté.
Car c’est bien d’une spoliation dont il s’agit. Lorsqu’une entreprise encaisse le prix d’un service et refuse délibérément de le rendre, le terme n’est pas excessif (il est juridiquement et moralement justifié). Canal+ a perçu nos abonnements. Canal+ a refusé de nous donner accès à la Coupe du Monde. Canal+ a manqué gravement à ses obligations contractuelles. Et Canal+ continue, impunément, de percevoir les abonnements du mois suivant.
Cette situation appelle une réponse africaine collective, organisée et déterminée. Nous ne pouvons plus nous contenter de ronchonner dans nos salons ou de nous indigner sur les réseaux sociaux avant de passer à autre chose. Il est temps que les abonnés africains de Canal+ se lèvent, s’organisent et exigent ce qui leur revient de droit. Il est temps que les associations de consommateurs des pays de l’Afrique subsaharienne francophone et du Maghreb concernés saisissent les autorités de régulation compétentes. Il est temps que les gouvernements africains interpellent Canal+ International sur ses pratiques discriminatoires et contractuellement abusives.
Alors, Canal+ Afrique, nous vous posons la question devant l’opinion africaine et internationale : jusqu’à quand allez-vous traiter le continent africain comme une vache à lait que l’on trait sans jamais nourrir ? Jusqu’à quand allez-vous encaisser l’argent des Africains pour leur refuser les services que cet argent est censé payer ? Jusqu’à quand l’Afrique devra-t-elle subir, en silence, le mépris structurel d’entreprises qui lui doivent pourtant leur prospérité ?
L’Afrique a changé. Les Africains ont changé. Nous ne sommes plus disposés à courber l’échine devant l’arrogance des multinationales qui nous considèrent comme des consommateurs de seconde zone. La Coupe du Monde FIFA 2026 n’est pas seulement un événement sportif : elle est un symbole de fierté, d’appartenance et d’identité pour des millions d’Africains. Canal+ n’avait pas le droit de nous la confisquer. Et nous avons, collectivement, le devoir de le dire haut et fort.
Alioune Aw
Keur Massar Nord, Dakar – Sénégal
badou60@gmail.com

