Réunis le jeudi 15 octobre 2026 à Ndar Toute Plage, les pêcheurs artisanaux à la ligne de Saint-Louis ont lancé une campagne de mobilisation contre les conséquences qu’ils imputent au projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA), porté par BP et Kosmos Energy. Ils dénoncent notamment la restriction d’accès à leur zone de pêche historique de Jatara, la baisse des revenus et les difficultés croissantes des communautés côtières.
Le mécontentement des pêcheurs artisanaux de Saint-Louis prend une nouvelle dimension. À Ndar Toute Plage, l’Association des Pêcheurs Artisanaux à la Ligne de Saint-Louis (APALSL), avec l’appui de CliDef et de SynDeV, a officiellement lancé, jeudi 15 octobre 2026, la campagne « Notre mer, nos droits, notre avenir ». Cette initiative vise à faire entendre les revendications des communautés de la Langue de Barbarie, qui estiment subir depuis plusieurs années les conséquences économiques, sociales et environnementales du projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA).
Dans un document de plaidoyer présenté à cette occasion, l’APALSL expose plusieurs griefs liés à l’exploitation gazière offshore. Le plus important concerne la restriction d’accès à Jatara, une zone de pêche considérée comme essentielle à l’activité des pêcheurs à la ligne. Pour l’association, cette zone ne constitue pas une simple étendue maritime, mais un espace de subsistance, de transmission des savoirs et de préservation d’une tradition ancienne.
Sa fermeture aurait, selon les pêcheurs, considérablement compliqué les sorties en mer. L’allongement des trajets entraînerait une hausse des dépenses de carburant, une augmentation du temps passé en mer et une exposition accrue aux risques d’accident, alors même que les captures seraient en baisse.
Une économie locale fragilisée
Les conséquences dénoncées dépasseraient largement les seuls pêcheurs. Propriétaires de pirogues, membres d’équipage, mareyeurs, femmes transformatrices et jeunes dépendant de la pêche seraient également affectés. L’association estime que cette situation menace le droit au travail, les moyens de subsistance et l’accès à l’alimentation de nombreuses familles.
Les communautés déplorent également leur faible implication dans les décisions relatives au projet GTA. Elles réclament une participation effective aux processus de concertation, ainsi qu’un accès transparent aux études d’impact et aux données de suivi environnemental. Elles alertent par ailleurs sur les risques que les activités gazières pourraient faire peser sur le milieu marin, le littoral et les ressources halieutiques.
Président de la commission environnement de l’APALSL, Mamadou Sarr a justifié cette nouvelle mobilisation par la nécessité de réévaluer les stratégies de lutte. « Ce projet GTA, c’est un projet de malheur. C’est un projet qui a fini de conduire dans la précarité les pêcheurs de Saint-Louis », a-t-il déclaré, présentant le projet comme un obstacle majeur à la survie économique des communautés concernées.
Les jeunes et le spectre de l’émigration irrégulière
Le responsable associatif établit également un lien entre la précarisation des ménages de pêcheurs et le départ de jeunes par les voies de l’émigration irrégulière. Selon lui, la perte des revenus et les difficultés à trouver des perspectives économiques à Saint-Louis alimenteraient le désespoir de nombreux jeunes de la Langue de Barbarie.
Mamadou Sarr accuse BP et Kosmos Energy de ne pas suffisamment prendre en compte les droits et les conditions de vie des populations affectées. Il appelle surtout à une intervention directe du président de la République, Bassirou Diomaye Faye, estimant que l’ampleur du problème dépasse les seules compétences des autorités administratives locales et des ministères concernés.
Au-delà de la dénonciation, l’APALSL avance deux revendications majeures : une participation réelle aux décisions concernant le projet gazier et une réparation jugée équitable des pertes économiques, sociales et culturelles subies depuis 2018. L’association entend ainsi obtenir une reconnaissance des préjudices qu’elle affirme avoir endurés.
Avec cette campagne, les pêcheurs de Saint-Louis veulent replacer leurs préoccupations au centre du débat sur l’exploitation des ressources naturelles. Leur message est sans équivoque : les retombées économiques du gaz ne sauraient, à leurs yeux, se faire au détriment des communautés dont les activités et les traditions sont étroitement liées à la mer. Les accusations formulées contre le projet GTA restent celles des acteurs mobilisés, qui réclament désormais des réponses et des mesures concrètes.

