Dans une tribune au ton incisif, l’historien et archiviste paléographe Adama Aly Pam appelle à une prise de conscience collective face aux difficultés que traverse le Sénégal. Depuis Paris, l’universitaire met en garde contre les effets d’un débat public qu’il juge trop souvent détourné des enjeux essentiels, au risque d’aggraver les crises et d’affaiblir la confiance des citoyens envers les institutions.
L’historien sénégalais Adama Aly Pam a choisi une image forte pour exprimer ses inquiétudes sur l’évolution du débat public et de la gouvernance au Sénégal. Dans une réflexion publiée depuis Paris, il compare le pays à « une maison en feu » dont les habitants continueraient à discuter des moyens à employer pour éteindre l’incendie pendant que les flammes progressent inexorablement.
À travers cette métaphore, l’auteur dénonce ce qu’il considère comme une tendance à privilégier les querelles secondaires, les calculs politiques et les logiques partisanes au détriment des véritables urgences nationales. Selon lui, alors que les défis économiques, sociaux et institutionnels s’accumulent, une partie de la classe dirigeante et des acteurs publics semble davantage préoccupée par son positionnement que par la recherche de solutions durables.
Une critique des discours politiques
Dans son analyse, Adama Aly Pam estime que le langage politique s’éloigne progressivement de sa fonction première, qui consiste à décrire la réalité et à éclairer l’action publique. Il observe une multiplication des précautions oratoires, des formulations ambiguës et des euphémismes qui, selon lui, finissent par masquer les problèmes au lieu de les affronter.
Pour l’historien, cette attitude traduit une forme de réticence à dire la vérité lorsque celle-ci pourrait entraîner un coût politique. Il considère que les responsables publics craignent parfois davantage les conséquences immédiates d’un discours franc que les effets à long terme du silence ou du déni.
Cette situation, souligne-t-il, contribue à éloigner les citoyens des institutions et à creuser un fossé entre le vécu quotidien des populations et les discours officiels. Lorsque les réalités perçues sur le terrain ne correspondent plus aux récits proposés dans l’espace public, la confiance collective s’érode progressivement.
Le risque d’une crise de confiance durable
Au-delà des difficultés elles-mêmes, Adama Aly Pam identifie un danger plus profond : l’installation progressive d’un climat où chacun sait que certaines explications ne reflètent pas totalement la réalité, sans pour autant oser le reconnaître ouvertement.
Selon lui, ce phénomène nourrit la défiance généralisée et rend plus difficile l’identification des solutions appropriées. Une société qui refuse de poser un diagnostic lucide sur ses problèmes risque, affirme-t-il, de perdre sa capacité à agir efficacement.
L’auteur estime ainsi que la transparence et la sincérité du débat public constituent des conditions indispensables à toute dynamique de redressement. Sans une lecture honnête des défis auxquels le pays est confronté, les réponses apportées risquent de demeurer inadaptées ou insuffisantes.
Un appel à l’action collective
Dans la conclusion de sa tribune, l’historien revient sur l’image de la maison en feu pour appeler à un sursaut collectif. Face à une crise, soutient-il, l’urgence n’est pas de débattre indéfiniment de détails ou de divergences secondaires, mais de reconnaître l’existence du danger et de mobiliser les énergies pour y faire face.
Pour Adama Aly Pam, le Sénégal dispose des ressources humaines, intellectuelles et institutionnelles nécessaires pour relever ses défis. Encore faut-il, selon lui, accepter de regarder la réalité en face et privilégier l’action concertée à la multiplication des controverses stériles.
Archiviste paléographe et historien, diplômé de l’École des Chartes de la Sorbonne ainsi que de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Adama Aly Pam signe ainsi une tribune qui se veut autant un diagnostic qu’un appel à la responsabilité collective.

