Le refus d’entrée en Mauritanie d’une délégation de l’organisation américaine Abolition Institute suscite de vives réactions parmi les défenseurs des droits humains. Alors que ces militants souhaitaient rendre hommage à la figure antiesclavagiste Boubacar Messaoud, récemment décédé, plusieurs observateurs dénoncent un nouveau durcissement des autorités mauritaniennes sur les questions liées aux libertés publiques et à l’esclavage.
Le climat politique et social se tend davantage en Mauritanie. Selon le quotidien Libération, les autorités mauritaniennes ont refusé l’entrée sur leur territoire à une délégation de l’organisation américaine Abolition Institute venue assister à un hommage dédié à Boubacar Messaoud, figure historique de la lutte contre l’esclavage dans le pays.
Cette décision, prise sans explication officielle selon les membres de la délégation, provoque une nouvelle vague d’inquiétudes au sein des organisations de défense des droits humains. Pour plusieurs militants, empêcher des activistes étrangers d’honorer la mémoire d’un symbole de la lutte antiesclavagiste constitue un signal politique préoccupant.
Cité par le quotidien Libération, Bakary Tandia, cofondateur de l’Abolition Institute et président de l’IRA-America, estime que ce refus rappelle les tensions diplomatiques qui avaient opposé Nouakchott à Washington en 2017. À l’époque, la Mauritanie avait été exclue de l’AGOA, le programme commercial américain accordant des avantages douaniers à certains pays africains.
Selon lui, les autorités chercheraient notamment à empêcher la délégation d’obtenir des informations sur la détention de membres et de députés du mouvement antiesclavagiste IRA. Une stratégie qu’il juge inefficace à l’ère des réseaux sociaux et de la circulation instantanée de l’information.
Au-delà de cet incident diplomatique, c’est l’évolution de la situation politique intérieure qui alarme les observateurs. Les récentes condamnations à quatre ans de prison des députées d’opposition Mariem Cheikh Dieng et Ghamou Achour sont perçues par plusieurs acteurs de la société civile comme une volonté de réduire l’espace démocratique.
Militante féministe et défenseure des droits humains, Hawa Ciré Ba considère que la limitation de la visibilité sur les dossiers liés aux droits humains et à l’esclavage nourrit les craintes d’une fermeture progressive du pays. Elle estime que les autorités privilégient la stabilité politique immédiate au détriment du dialogue et de la concertation.
Pour plusieurs analystes, cette posture plus rigide pourrait accentuer l’isolement diplomatique de la Mauritanie sur la scène internationale, au moment où les questions de gouvernance, de droits humains et de libertés publiques occupent une place centrale dans les relations avec les partenaires occidentaux.

