La campagne visant les travailleurs étrangers en Afrique du Sud commence à produire des effets inattendus sur l’économie du pays. Selon Agence Ecofin, quelque 160 000 travailleurs étrangers ont été chassés du pays, alors même qu’ils occupaient souvent des postes peu convoités par les travailleurs sud-africains. Leur départ fragilise notamment certains secteurs industriels qui comptaient sur cette main-d’œuvre pour maintenir leurs coûts de production à un niveau compétitif.
À Newcastle, considérée comme la capitale sud-africaine du textile, plusieurs propriétaires d’usines interrogés par les médias fin juillet ont fait état d’une diminution de leurs effectifs comprise entre 12 % et 19 %. Le syndicat du secteur estime, pour sa part, que près de 15 % des 15 000 travailleurs de la filière ont été concernés.
Cette situation se traduit concrètement par l’arrêt de certaines machines à coudre. Les postes laissés vacants par les travailleurs étrangers n’ont pas systématiquement trouvé de remplaçants.
La question des rémunérations explique en partie cette difficulté. Dans l’industrie textile, les salariés sont notamment rémunérés à la pièce, et seuls les travailleurs les plus rapides parviennent à atteindre le salaire minimum fixé à 30,23 rands, soit environ 1,87 dollar, de l’heure. Pour les employeurs, remplacer cette main-d’œuvre dans le respect des règles salariales implique donc une augmentation des coûts de production.
Agence Ecofin relève par ailleurs que les entreprises évoluent dans un contexte économique déjà difficile. En juillet, le prix du carburant était supérieur de 20,6 % à son niveau un an auparavant, tandis qu’une nouvelle hausse était annoncée pour le 2 septembre. Le taux directeur se situe également à 7 %, après un relèvement intervenu en mai, dans l’attente d’une nouvelle décision de la banque centrale prévue le 23 septembre.
À cette pression sur les coûts s’ajoute une fragilité du marché de l’emploi qui ne peut être imputée uniquement aux travailleurs étrangers. L’agriculture et l’industrie avaient déjà perdu chacune environ 15 000 emplois au deuxième trimestre, avant même le départ massif des migrants. Cette évolution montre que l’économie sud-africaine détruisait déjà des emplois indépendamment de la question migratoire.
Autre élément rarement pris en compte : les travailleurs étrangers participaient eux aussi à l’activité économique locale. En louant des logements, en se nourrissant ou en utilisant les transports collectifs, ils alimentaient une partie de la demande intérieure.
Le phénomène dépasse également les frontières sud-africaines. Les travailleurs retournés au Lesotho, au Malawi ou au Zimbabwe ne disposent pas nécessairement d’un emploi équivalent dans leur pays d’origine. Leur départ entraîne donc une perte de compétences pour l’ensemble de la région.
La situation intervient alors que les pays africains poursuivent leurs efforts en faveur de la libre circulation des personnes et des biens. Pour Agence Ecofin, le départ de cette main-d’œuvre ne signifie pas nécessairement un transfert de compétences vers les autres économies de la région : dans de nombreux cas, ces compétences risquent tout simplement de disparaître du circuit productif.
Les chiffres de croissance qui seront publiés par Pretoria le 8 septembre permettront de mesurer la situation économique du deuxième trimestre. Mais ils ne refléteront pas encore pleinement les conséquences des récentes mesures visant les travailleurs étrangers.

