Les tensions franchissent un nouveau palier à la Fondation Trade Point Sénégal. Dans un communiqué rendu public le 13 juillet, le Collectif syndical de l’institution pointe directement la responsabilité politique et administrative du ministre de l’Industrie et du Commerce, Serigne Gueye Diop, dans la profonde crise que traverse la structure, estimant que les difficultés actuelles trouvent leur origine dans des décisions prises par l’autorité de tutelle en dépit des nombreuses alertes formulées par les travailleurs.
Selon le personnel, la situation ne résulte pas de simples dysfonctionnements administratifs mais d’une remise en cause du cadre juridique qui régit cette fondation reconnue d’utilité publique. Les travailleurs rappellent que les statuts de Trade Point Sénégal confèrent exclusivement au Conseil de Fondation le pouvoir de désigner l’Administrateur général. Ils dénoncent ainsi le maintien de Mamadou Ibrahima Fall, conseiller économique du ministre, à la tête de l’institution malgré leur opposition, estimant que cette décision porte atteinte à l’autonomie de gouvernance de la Fondation.
Le collectif syndical exprime également ses inquiétudes face au projet visant à remplacer Trade Point Sénégal par une nouvelle structure baptisée « MISEN – Made in Sénégal ». D’après les travailleurs, aucune disposition légale ou réglementaire ne fonde actuellement cette réforme, conduite sans concertation préalable. Une démarche qui, selon eux, entretient une insécurité institutionnelle préjudiciable au fonctionnement normal de l’établissement.
Le communiqué fait également état d’une série de dysfonctionnements jugés préoccupants : augmentation de la masse salariale, création de nouvelles directions, location de bureaux supplémentaires alors que le siège de la Fondation demeure disponible, retards dans le paiement des salaires, défaut de versement des cotisations sociales à l’IPRES et à la Caisse de sécurité sociale, ainsi que des actes administratifs dont la régularité mériterait, selon le personnel, d’être vérifiée.
Les travailleurs soulèvent par ailleurs des interrogations sur certaines missions effectuées sans validation préalable du Conseil de Fondation. Ils citent notamment la participation au salon international Tutto Food en Italie, dont ils demandent que les conditions d’autorisation, de financement et de composition de la délégation fassent l’objet d’une totale transparence.
Affirmant avoir privilégié le dialogue pendant plusieurs mois, les syndicalistes disent avoir sollicité à plusieurs reprises l’intervention du ministre, demandé le départ de l’actuel administrateur général et réclamé une mission de l’Inspection administrative et financière. Faute de réponse satisfaisante, ils annoncent désormais la saisine des corps de contrôle de l’État afin qu’un audit complet soit mené sur la gestion administrative, financière et patrimoniale de la Fondation.
Le personnel réclame notamment un examen approfondi des nominations, recrutements, contrats de location, missions financées, évolution de la masse salariale, gestion des ressources financières et paiement des cotisations sociales. Il demande que les conclusions des contrôles soient rendues publiques et que toutes les responsabilités administratives, disciplinaires, financières ou judiciaires soient établies si des irrégularités sont constatées.
À travers cette démarche, les travailleurs estiment que le dossier dépasse désormais le cadre interne de Trade Point Sénégal et pose plus largement la question du respect des textes, de la bonne gouvernance des établissements publics et de la responsabilité des autorités de tutelle. Ils réaffirment leur détermination à poursuivre toutes les voies syndicales et judiciaires afin d’obtenir le rétablissement de la légalité et la préservation de leur institution.

