Un nouveau coup de filet contre les réseaux de traite des êtres humains a été réalisé à Kédougou. Les éléments de l’antenne locale de la Direction nationale de lutte contre le trafic de migrants et pratiques assimilées (DNLT) ont interpellé une ressortissante nigériane, présentée comme la principale organisatrice d’un système présumé d’exploitation sexuelle de jeunes femmes convoyées depuis le Nigeria. Selon Libération, l’enquête a permis de mettre au jour un circuit transfrontalier impliquant plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et des pratiques susceptibles de relever de la traite de personnes, du proxénétisme et de l’ouverture clandestine d’un débit de boissons.
Une enquête partie d’un renseignement opérationnel
L’antenne de la DNLT basée à Kédougou poursuit sa lutte contre les réseaux criminels actifs dans les zones frontalières. Cette fois, c’est un renseignement faisant état de la présence de deux jeunes femmes nigérianes logées dans des chambres attenantes à un bar situé dans le village de Sékoto qui a conduit les enquêteurs à intervenir.
D’après Libération, les informations recueillies laissaient supposer que ces femmes avaient été acheminées depuis le Nigeria afin d’être exploitées dans la prostitution. Les policiers ont rapidement mis en place des investigations qui les ont conduits jusqu’à Evidence Jite Joseph, plus connue sous le surnom de « Treasure », soupçonnée d’être au centre de cette organisation.
Au terme de l’opération, cette dernière a été arrêtée en compagnie de deux autres ressortissantes nigérianes, identifiées par leurs initiales F. Sunday, âgée de 34 ans, et L. Isaac, 32 ans.
Le récit d’un parcours migratoire organisé
Les auditions menées par les enquêteurs ont permis de retracer un itinéraire complexe reliant plusieurs pays de la sous-région.
Selon les déclarations recueillies par les policiers et rapportées par Libération, les deux jeunes femmes auraient d’abord été recrutées au Nigeria avant d’être conduites au Bénin. À Cotonou, un individu identifié sous le prénom de John leur aurait procuré de faux documents de voyage destinés à faciliter leur déplacement.
Le voyage se serait ensuite poursuivi jusqu’au Mali où un autre intermédiaire, présenté sous le nom de Diabaté, les aurait prises en charge avant de les faire embarquer dans un autocar en direction de la frontière sénégalaise.
À leur arrivée, Evidence Jite Joseph aurait assuré la dernière étape du trajet en les orientant vers Kédougou, où elles auraient été transportées à moto jusqu’à son domicile situé dans le quartier de Kharakhéna.
Une dette de 1,5 million de francs CFA imposée aux victimes
Une fois installées dans des chambres construites autour d’un bar exploité à Sékoto, les deux jeunes femmes auraient été contraintes de se prostituer afin de rembourser les frais liés à leur convoyage.
Toujours selon Libération, chacune d’elles devait verser à leur présumée recruteuse la somme de 1,5 million de francs CFA, présentée comme une dette contractée pour financer leur voyage jusqu’au Sénégal.
Les enquêteurs soupçonnent ainsi l’existence d’un mécanisme de servitude par endettement, une pratique fréquemment observée dans les réseaux internationaux de traite des êtres humains. Dans ce système, les victimes sont maintenues sous la contrainte économique jusqu’au remboursement d’une dette souvent disproportionnée, ce qui prolonge leur exploitation pendant plusieurs mois, voire plusieurs années.
Les deux femmes ont expliqué aux enquêteurs qu’elles exerçaient la prostitution dans le seul but d’honorer cette obligation financière imposée par leur recruteuse.
La principale mise en cause reconnaît les faits
Entendue par les enquêteurs, Evidence Jite Joseph aurait reconnu les faits qui lui sont reprochés, selon Libération.
À l’issue de l’enquête, elle a été déférée devant le parquet de Kédougou pour association de malfaiteurs, traite de personnes, proxénétisme ainsi que pour ouverture et exploitation d’un débit de boissons sans autorisation administrative.
L’affaire met également en lumière l’existence de ramifications transfrontalières impliquant plusieurs intermédiaires opérant entre le Nigeria, le Bénin, le Mali et le Sénégal. Les investigations pourraient donc se poursuivre afin d’identifier d’autres membres présumés du réseau.
Une lutte renforcée contre les réseaux criminels
Cette opération illustre la vigilance accrue des services spécialisés face aux nouvelles formes de criminalité organisée qui exploitent les mouvements migratoires dans la sous-région.
Ces dernières années, les autorités sénégalaises ont multiplié les opérations visant les filières de traite des êtres humains, de prostitution organisée et de trafic de migrants, notamment dans les régions minières et frontalières où les flux de population sont particulièrement importants.
À travers cette nouvelle affaire, les enquêteurs cherchent non seulement à démanteler les réseaux criminels, mais également à identifier et protéger les victimes d’exploitation, conformément aux engagements du Sénégal en matière de lutte contre la traite des personnes et la criminalité transnationale.

