Rencontre des décideurs Dakar 2026 : l’intelligence artificielle au cœur des mutations du travail

Riches en présentations et en échanges, la rencontre des décideurs Dakar 2026, organisée jeudi à Dakar par Skello, avec le soutien de l’ambassade de France au Sénégal et en Gambie et de Business France, a placé l’intelligence artificielle (IA) et ses répercussions sur les métiers des ressources humaines au centre des échanges.  Entre gains de productivité, évolution des compétences, risques de suppression d’emplois et protection des données, les intervenants ont appelé à anticiper les mutations en cours.

Ministre-conseiller et porte-parole de la présidence de la République, Me Abdoulaye Tine a notamment proposé la mise en place d’une commission transdisciplinaire pour réfléchir à l’encadrement de cette technologie.

L’intelligence artificielle s’impose progressivement dans les entreprises et transforme les méthodes de travail, les pratiques managériales et les politiques de recrutement. Face à cette évolution rapide, les décideurs publics et privés sont appelés à réfléchir aux moyens d’en tirer profit tout en préservant la place de l’humain. C’est l’un des principaux enseignements de la Rencontre des décideurs Dakar 2026, organisée jeudi dans la capitale sénégalaise autour des enjeux de l’IA et des métiers des ressources humaines.

Prenant part à cette rencontre, Me Abdoulaye Tine, ministre-conseiller et porte-parole de la présidence de la République, a insisté sur la nécessité de ne pas considérer cette révolution technologique sous le seul angle de la performance. Pour lui, la transformation numérique doit s’accompagner d’une réflexion sur les compétences, les responsabilités et les règles qui encadrent l’utilisation de l’intelligence artificielle.

« Le capital humain n’est pas une variable d’ajustement », a-t-il affirmé, soulignant que les infrastructures, les investissements technologiques et les ambitions économiques ne peuvent produire pleinement leurs effets sans des compétences adaptées et des organisations capables d’évoluer. À ses yeux, le Sénégal dispose d’un potentiel humain important, notamment grâce à sa jeunesse, mais celui-ci doit être consolidé par la formation, la reconnaissance des compétences et un dialogue social constructif.

Préserver l’humain dans la transformation numérique

L’une des préoccupations majeures soulevées au cours des échanges concerne la place des travailleurs dans un environnement professionnel de plus en plus automatisé. Me Abdoulaye Tine estime que l’intelligence artificielle ne remplacera pas systématiquement l’humain, mais que les professionnels qui ne maîtriseront pas ces nouveaux outils risquent de subir les transformations en cours.

Dès lors, l’enjeu ne consiste plus seulement à digitaliser les ressources humaines, mais à savoir comment le faire sans déshumaniser le travail. Comment automatiser certaines opérations tout en préservant le sens des responsabilités ? Comment utiliser les outils d’IA pour améliorer la productivité sans réduire le rôle des salariés à de simples exécutants ? Autant de questions qui appellent, selon lui, des réponses concertées.

Le porte-parole de la présidence a également mis l’accent sur la nécessité de renforcer le dialogue entre les administrations, les entreprises, les responsables des ressources humaines, les dirigeants et les partenaires sociaux. « Nous avons besoin de ponts entre nous pour pouvoir gérer ensemble et réussir cette mutation », a-t-il soutenu, plaidant pour une coopération plus étroite entre les secteurs public et privé, mais aussi entre les grandes entreprises et les petites et moyennes entreprises.

Une commission transdisciplinaire pour encadrer les risques

Au-delà des enjeux liés à l’emploi et à la productivité, Me Abdoulaye Tine a attiré l’attention sur les questions juridiques, sécuritaires et éthiques que soulève le développement de l’intelligence artificielle. Selon lui, les organisations évoluent dans un environnement normatif qui doit lui-même s’adapter à la rapidité des innovations technologiques.

Il s’est ainsi interrogé sur l’opportunité de mettre en place une commission transdisciplinaire chargée d’examiner l’ensemble des problématiques liées à l’IA. Cette structure pourrait notamment se pencher sur les menaces sécuritaires, les cyberattaques, la protection des données personnelles, ainsi que les questions d’éthique et de déontologie.

Pour le ministre-conseiller, une telle initiative permettrait d’engager une réflexion collective afin d’identifier les mécanismes nécessaires à une utilisation responsable de l’intelligence artificielle dans la société sénégalaise. Il a exprimé l’espoir que cette rencontre constitue un premier jalon dans l’ouverture de chantiers destinés à accompagner et à réguler cette transformation.

Skello mise sur l’adaptation des métiers des ressources humaines

Représentant de Skello au Sénégal, Pape Matar Guèye a, pour sa part, souligné l’importance de préparer les professionnels des ressources humaines aux évolutions rapides de l’intelligence artificielle. L’objectif de la rencontre était notamment de favoriser le partage d’expériences entre spécialistes, de permettre aux responsables RH de mieux comprendre les nouveaux outils disponibles et d’identifier les possibilités d’adaptation de leurs pratiques.

Selon lui, l’automatisation de certaines tâches pourrait libérer du temps au profit des missions essentielles des ressources humaines : l’accompagnement des collaborateurs, la formation, le développement des compétences et la gestion du capital humain.

Il n’a toutefois pas éludé les conséquences potentielles de cette évolution sur l’emploi. Certains métiers pourraient être appelés à disparaître ou à se transformer profondément, tandis que de nouveaux besoins émergeraient dans les entreprises. D’où la nécessité d’anticiper ces changements à travers des programmes de formation, une actualisation des compétences et une redéfinition des fiches de poste intégrant les usages de l’IA.

Accélérer les performances sans appauvrir les compétences

Les échanges ont également fait ressortir une interrogation centrale pour les entreprises : l’intelligence artificielle permet-elle réellement de progresser ou se contente-t-elle d’exécuter plus rapidement les mêmes tâches ?

Un intervenant a illustré cette problématique en distinguant deux situations. Si l’IA permet uniquement de réaliser plus vite ce que l’on faisait auparavant, elle risque de réduire la part de l’intelligence humaine mobilisée dans le travail. En revanche, si elle aide à aller plus loin, à explorer de nouvelles possibilités et à produire davantage de valeur, elle devient un véritable levier d’accélération.

Cette distinction invite les responsables des ressources humaines à évaluer les effets concrets de l’intégration de ces outils dans les organisations, plutôt que de se limiter aux gains de temps ou aux économies réalisées.

Au terme de cette rencontre, une conviction s’est dégagée : l’avenir du travail dépendra autant de la maîtrise des technologies que de la capacité des entreprises et des pouvoirs publics à anticiper leurs conséquences humaines, sociales et juridiques. Pour le Sénégal, le défi consiste désormais à accompagner cette révolution sans subir ses effets, en faisant de la formation, du dialogue et de la régulation des leviers essentiels d’une transformation maîtrisée.

Michel DIEYE

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Michel DIEYE

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