Quand la France reconnaît et répare : l’Afrique doit dépasser le statut de victime et aller de l’avant

Combien d’entre nous ont des grands-parents qui ont servi comme vétérans de guerre ? Devons-nous être fiers de leur héritage après tant d’années, ou rester rongés par la colère face aux blessures de l’histoire ?

 

L’esclavage, le colonialisme et les nombreuses injustices subies par les peuples africains sont des réalités historiques indéniables. Pourtant, ces tragédies ne peuvent devenir un récit sans fin qui alimente un sentiment collectif et générationnel de victimisation. Reconnaître les faits est nécessaire. Les réparations sont tout aussi importantes. Mais une fois ce processus entamé, l’Afrique doit aussi se tourner vers l’avenir et poursuivre son chemin.

 

La France reconnaît aujourd’hui certains des chapitres les plus sombres de son histoire. Elle accepte progressivement les responsabilités qu’elle a longtemps contestées. Face à cette évolution, l’Afrique ne peut se contenter d’une attitude de ressentiment permanent. Elle doit transformer la mémoire en force, la reconnaissance en opportunité et les réparations en un outil d’émancipation.

 

À cet égard, le parcours de Son Excellence Bassirou Diomaye Faye est particulièrement révélateur. Comptant parmi les plus jeunes chefs d’État d’Afrique de l’Ouest, il est également le petit-fils d’un vétéran de la Première Guerre mondiale. Cet héritage historique ne l’a pas empêché de mener son propre combat politique et d’accéder finalement à la plus haute fonction de l’État sénégalais. Il a marqué son époque en supervisant le retrait pacifique des bases militaires françaises du territoire sénégalais, en obtenant la reconnaissance du crime commis contre les tirailleurs sénégalais et en défendant une souveraineté ouverte, éclairée et réfléchie, ancrée dans une vision de multilatéralisme ouvert, fondée sur le respect mutuel, des partenariats diversifiés et la défense des intérêts stratégiques du Sénégal et de l’Afrique.

 

Cette approche reflète la vision d’un homme d’État, loin des postures de l’activisme populiste ou de la rhétorique de certains théoriciens anti-républicains qui semblent parfois plus attachés aux slogans qu’aux conditions réelles nécessaires au développement de l’Afrique.

 

La nouvelle génération africaine doit comprendre qu’il est possible de bâtir une Afrique qui n’oublie pas son passé sans pour autant le glorifier. Une Afrique consciente de ses blessures, mais qui refuse de les transformer en une source permanente de haine, de ressentiment ou d’apitoiement sur soi.

 

Notre responsabilité historique est désormais de devenir un moteur de propositions et de solutions. Nous devons promouvoir une Afrique émancipée, ambitieuse et souveraine, portée par un leadership positif, pragmatique et progressiste.

 

Une Afrique résolument tournée vers la construction de son avenir, le développement de ses peuples et la réussite des générations futures. Cette ambition ne peut s’épanouir que dans un cadre multilatéral ouvert, où l’Afrique dialogue avec toutes les puissances mondiales sans exclusion, tout en préservant sa souveraineté et ses priorités de développement.

 

Le choix de cette date est hautement symbolique. La clôture de la conférence coïncide avec Juneteenth, la commémoration de l’émancipation des Afro-Américains, créant ainsi une puissante convergence commémorative entre l’Afrique, sa diaspora et l’histoire universelle de la liberté.

 

Mais au-delà des réparations attendues, le véritable défi réside dans la capacité de l’Afrique à transformer la reconnaissance du passé en un projet d’avenir. La justice réparatrice n’a de sens que si elle contribue à renforcer les capacités des peuples africains, à accélérer leur développement et à consolider leur souveraineté.

 

L’Afrique du XXIe siècle ne doit ni oublier son histoire ni s’y laisser enfermer. Elle doit puiser son inspiration dans cette histoire pour bâtir un nouveau destin. La mémoire est indispensable ; le statut de victime perpétuelle est un piège. La reconnaissance est une étape ; l’émergence est l’objectif. Et l’avenir appartient aux nations qui savent transformer leurs blessures en force créatrice dans le cadre d’un multilatéralisme ouvert et équilibré, respectueux des intérêts de tous les peuples.

 

Seynabou Sankaré

Journaliste – Auteure

Présidente du Mouvement Femmes en Action

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