Face à une dégradation préoccupante de la qualité des eaux de baignade, un collectif d’acteurs du littoral lance un plaidoyer national pour protéger la santé publique et préserver les écosystèmes marins.
La dégradation de la qualité des eaux récréatives au Sénégal est désormais documentée et suscite une mobilisation d’envergure. Réunie le 23 avril 2026 à Dakar avec plusieurs dizaines de parties prenantes, Surfrider Foundation Sénégal a lancé un plaidoyer national visant à améliorer la qualité des eaux de baignade pour atteindre des standards acceptables en matière de santé humaine et de protection environnementale.
Cette initiative repose sur un programme de suivi mené durant plus de deux ans sur six sites emblématiques du littoral dakarois, notamment la baie de Ngor, le Virage, Ouakam ou encore Yoff. Les résultats révèlent une situation contrastée mais globalement préoccupante. Près de 42,8 % des prélèvements présentent une qualité jugée non satisfaisante, traduisant une pollution bactériologique significative.
Les analyses, réalisées en collaboration avec Institut Pasteur de Dakar, ont porté sur la présence de bactéries indicatrices de contamination fécale comme E. coli et les entérocoques, conformément aux standards recommandés par Organisation mondiale de la santé. Si certains sites comme Ouakam présentent une qualité globalement acceptable, d’autres zones, à l’image de la baie de Ngor ou de la baie des Carpes, affichent des niveaux de contamination préoccupants, parfois largement au-dessus des seuils de référence.
L’étude met également en évidence une forte saisonnalité de la pollution. Pendant l’hivernage, le risque est multiplié par 2,5 en raison du ruissellement des eaux pluviales, des défaillances du système d’assainissement et du transport de déchets vers la mer. Se baigner dans les jours suivant une pluie expose ainsi à des risques accrus pour la santé.
Au-delà des bactéries, les initiateurs du plaidoyer rappellent que d’autres formes de pollution — chimiques, plastiques ou liées aux hydrocarbures — n’ont pas encore été pleinement évaluées, mais constituent une menace réelle pour les écosystèmes marins et les activités économiques du littoral, notamment la pêche et le tourisme.
Le programme, lancé en 2023, a mobilisé 48 organisations et un réseau citoyen actif, les « Saytoukat Géej », impliqués dans 80 campagnes de prélèvements ayant donné lieu à 467 analyses. Cette dynamique participative illustre une volonté de co-construction des solutions.
Les causes identifiées sont multiples : insuffisance des infrastructures d’assainissement, urbanisation anarchique du littoral, faible application des réglementations existantes et comportements polluants. Face à ce constat, le plaidoyer formule une série de recommandations allant du renforcement des systèmes d’assainissement à la mise en place d’une norme nationale de qualité des eaux de baignade, en passant par une meilleure gouvernance du littoral.
Soutenue par l’ambassade d’Irlande, cette démarche se veut un signal d’alerte à l’échelle nationale. Elle interpelle les autorités publiques, les collectivités territoriales, les acteurs économiques et les citoyens sur l’urgence d’agir pour préserver un patrimoine naturel vital et garantir un développement durable du littoral sénégalais.

