Parc des Technologies numériques : une concession de 20 ans au centre des poursuites contre Moussa Bocar Thiam, plus de 1,4 milliard FCFA d’écart noté dans des travaux

L’ancien ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, Moussa Bocar Thiam, est au cœur d’une procédure engagée devant la Haute Cour de Justice. Une requête formelle a été adressée à l’Assemblée nationale par le ministère de la Justice. Que lui reproche-t-on ?

Selon Vox Populi, qui révèle l’information, c’est par lettre n° 000586 MJ/CAB/DC du 05 août 2025 que la ministre de la Justice, Yacine Fall, a saisi le président de l’Assemblée nationale d’une requête en vue de la mise en accusation de Moussa Bocar Thiam devant la Haute Cour de Justice. Vox Populi précise que cette procédure fait suite à des investigations menées sur la gestion du Parc des Technologies numériques du Sénégal.

Les faits remontent à mars 2024. L’État du Sénégal, à travers le ministère dirigé à l’époque par M. Thiam, aurait accordé à la société EWAN ASSETS une concession d’exploitation du Parc pour vingt ans, contre une redevance de 15 millions d’euros. Après le versement de 5 millions d’euros — soit le tiers du montant — sur le compte de SENEGAL CONNECT, le ministre aurait donné instruction, par trois correspondances datées des 22 et 27 mars 2024, de mettre en urgence une partie des fonds à disposition du ministère.

Ces instructions ont conduit à l’émission de trois chèques pour un montant global de 2 351 790 600 FCFA. Les fonds devaient financer des travaux au Parc des Technologies numériques, en perspective d’une visite de l’ancien président Macky Sall. Les prestations auraient été confiées à Aminata Marie Samaké, responsable des sociétés ROMOU SASU et SORTRACORP SAS.

Or, l’enquête menée par la Section de Recherches de Dakar a mis en évidence plusieurs irrégularités : absence de procédure d’appel d’offres, non-saisine des organes de contrôle (DCMP, ARCOP), et écart significatif entre les montants versés et les travaux effectivement réalisés. Des études techniques, notamment avec le concours de l’AGEROUTE, n’ont pas permis d’identifier certaines infrastructures facturées, dont une plateforme de 650 mètres sur 27 mètres pour un coût de plus de 901 millions FCFA.

Les investigations estiment le coût réel des travaux à 875 327 834 FCFA, révélant un différentiel de 1 476 462 766 FCFA. Par ailleurs, des opérations financières suspectes, incluant acquisitions de biens, dépôts et retraits pour un total de 796 186 442 FCFA, ont été relevées.

La DAGE du ministère a reconnu avoir remis les chèques, sur instruction du ministre, à un coursier mandaté par la responsable des sociétés impliquées. De son côté, Aminata Marie Samaké a indiqué avoir été contactée directement par M. Thiam, qui lui aurait précisé qu’il ne s’agissait pas d’un marché public mais de fonds issus d’un financement extérieur.

Oumou Khaïry NDIAYE
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