Le projet industriel de Sadio Mané, dont la mangue constitue l’intrant principal, devra composer avec plusieurs contraintes liées à la production, à la logistique et à la transformation. Dans une tribune, le Dr Ibrahima Mendy, enseignant-chercheur à l’Université Assane Seck de Ziguinchor, détaille les principaux défis susceptibles de peser sur sa viabilité.
Le projet industriel de Sadio Mané autour de la transformation de la mangue devra prendre en compte les réalités de la filière dans le sud du Sénégal. Dans une tribune, le Dr Ibrahima Mendy, enseignant-chercheur à l’Université Assane Seck de Ziguinchor et ancien directeur de l’Analyse, de la Prévision et des Statistiques agricoles (DAPSA), estime que plusieurs questions essentielles doivent être intégrées à la conception et à la mise en œuvre de l’initiative.
Il cite notamment la nécessité d’étaler la production et d’assurer une complémentarité entre l’agrobusiness et les petits producteurs. Le premier défi concerne la saisonnalité et le pourrissement des mangues. La maturité des fruits s’étale généralement sur une période d’environ 45 jours et les mangues mûres se dégradent rapidement. L’usine devra donc disposer de capacités efficaces de collecte, de conservation, de transformation et éventuellement de surgélation.
Le deuxième enjeu porte sur l’approvisionnement et la logistique. Selon le Dr Ibrahima Mendy, les pertes post-récolte peuvent atteindre 30 à 45 % de la production de mangues au Sénégal, particulièrement en Casamance. La qualité des routes, l’insuffisance des moyens de transport et les difficultés d’acheminement entre les zones de production et les unités de transformation constituent autant de contraintes à surmonter.
À cela s’ajoute l’enclavement de la région, qui pourrait peser sur l’acheminement des produits transformés vers Dakar, les autres régions du pays ou les marchés extérieurs. Les coûts et les délais de transport pourraient ainsi affecter la compétitivité de l’usine.
La question de la rentabilité hors saison constitue également un point majeur. Une infrastructure industrielle de grande envergure ne saurait, selon l’enseignant-chercheur, être rentable si elle ne fonctionne que deux ou trois mois par an. La diversification des matières premières et des produits transformés apparaît dès lors comme une condition essentielle de sa viabilité économique.
Le projet devra aussi répondre aux exigences sanitaires et aux normes d’exportation, notamment en matière de qualité, de traçabilité, d’hygiène, de sécurité alimentaire et de résidus de pesticides. Cela suppose un encadrement technique des producteurs ainsi qu’un système de contrôle performant.
Autre difficulté : les aléas climatiques et phytosanitaires. La mouche des fruits est présentée comme l’un des principaux fléaux de la filière mangue en Casamance. Le changement climatique pourrait également affecter les rendements, les périodes de production et la qualité des fruits.
Enfin, le Dr Ibrahima Mendy attire l’attention sur la progression de la production d’anacarde, qui occupe une place croissante dans la région, parfois au détriment de la mangue. Une diversification de la matière première pourrait contribuer à réduire la dépendance du projet à cette seule filière.

