La Guinée-Bissau garde espoir au milieu de la nuit noire, du désordre institutionnel, qu’elle vit.
Au moment où vous vous apprêtez à tenir, ce dimanche 14 décembre, un Sommet crucial de la communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), l’organisation régionale qui réunit les peuples et pays de notre région, permettez que je prenne la liberté de vous le souhaiter réussi à tous égards. De son issue, dépendent beaucoup de réponses sur des grands défis qui nous interpellent collectivement. Ceux liés à la situation en Guinée-Bissau, mon pays, en sont les plus brûlants.
Même si, de toutes parts, et notamment au Bénin qui vient d’échapper à une tentative de coup d’État, les signaux sont au rouge, les tensions vives, les dangers multiples, de l’économie à la politique et au climat social. Ce n’est d’ailleurs pas sans raison que notre instance régionale a déclaré une émergence générale pour souligner ses urgences de l’heure !
Je n’ai donc pas à vous dire ce que les populations Ouest-africaines attendent de ce sommet extraordinaire. Ni surtout à vous tenir un discours qui ressemblerait à une intrusion dans vos privilèges de leaders qui sont les vôtres, exclusivement. Et surtout pas à vous donner quelques indices qui apparaîtraient en des leçons malvenues à travers cette lettre.
Ma qualité de candidat à la dernière élection présidentielle du 23 novembre 2025, dont les résultats malheureusement non encore publiés semblent, selon tous les observateurs et les Procès-verbaux disponibles, me donnent un large avantage pour l’emporter dès le premier tour, m’astreint à une obligation politique et morale qui m’emmène, respectueusement, à vous faire part de la vive et légitime préoccupation de mes compatriotes bissau-guinéens qui, une nouvelle fois, sont victimes des violences politiques graves dont les conséquences compromettent sérieusement leur avenir et celui des générations futures.
Il n’est pas question ici de revenir sur les tristes péripéties survenues depuis cette date avec la suppression du processus électoral précédée, le 26 novembre, d’un coup d’État militaire que les plus fins connaisseurs de la Guinée-Bissau qualifient de montage par le Président sortant avec ses relais dans l’armée pour ne pas permettre le transfert pacifique du pouvoir au vainqueur du scrutin.
De nombreux autres coups foireux, de mauvais traitements qui n’ont épargné aucun de nos partenaires, y compris, au début de cette année, de l’exclusion d’une délégation de la CEDEAO et l’annonce d’un suspect coup d’Etat peu avant le lancement de la campagne électorale préfiguraient le triste, voire tragique, scénario que nous vivons. Ses signes prémonitoires, hélas trop prévisible, étaient visibles, sur les murs des villes et villages de notre pays.
Je vous remercie cependant d’avoir, comme en d’autres circonstances, volé promptement à notre secours. Ce faisant, vous nous avez montrés votre soutien et attention alors que cette nouvelle phase difficile que vit notre pays se présente comme une menace existentielle dont la solution est on-ne-peut plus impérative. C’est l’idéal central de la communauté, d’une solidarité agissante, que vous avez ainsi fait briller en nous, en rappelant combien au milieu de la pénombre, selon le mot d’un écrivain, la lumière d’une bougie peut faire la différence.
Votre Sommet, en plus de la visite sur le terrain du Président en exercice de la CEDEAO, Son Excellence, Julius Maada-Bio, sont les preuves les plus éloquentes de votre réconfortante sollicitude et votre disponibilité.
Au nom du peuple de la Guinée-Bissau et du mien, je tiens à vous en remercier du fond du cœur.
Notre organisation régionale est l’incarnation de la communauté internationale sur les enjeux Ouest-africains. Votre voix y pèse, et, vous le savez, le monde entier attend votre position sur les voies et moyens de remettre notre pays, avec notre contribution, sur le chemin, qu’il n’aurait jamais dû quitter, de l’ordre constitutionnel.
Comme beaucoup d’autres parties prenantes de ce qui s’y joue en ces heures graves, je tiens, malgré mon statut de favori de l’élection, à la lumière des décomptes connus de tous ou presque, à rassurer la communauté internationale et nationale que sa reconstruction ne se fera pas sans un effort sérieux de rapprochement entre les filles et fils, les forces sociales, de tous bords, de la Guinée-Bissau. Bien évidemment, forces de protection du peuple et de l’intégrité physique de notre territoire national, nos militaires ont la mission d’y œuvrer en prenant la place de premier plan qui y restera la sienne dans le projet de construction nationale.
Je ne ménagerai, pour ma part, aucun effort pour la réussite de la réconciliation nationale.
Après l’élection, c’est en un peuple uni, solidaire et mobilisé autour des tâches fondamentales du redressement national que notre pays devra se refaire.
Je voudrais, sous cet éclairage, tendre la main à mes compatriotes quelle que soit leur obédience politique, ethnique ou religieuse. L’engagement et la position ferme de la CEDEAO contre les coups d’État à l’instar de sa position sur la tentative de déstabilisation du Benin donne l’espoir a mes compatriotes et aux peuples de la sous-région de l’engagement de notre organisation sous-régionale pour aider et accompagner la Guinée-Bissau à sortir du cycle d’instabilité. Le coup d’État militaire perpétré pour interrompre le processus électoral aggrave le climat politique et maintient mon pays dans l’incertitude.
Votre sommet nous offre une ultime chance de rebâtir notre pays en lui faisant retrouver la voie où l’avait installé son héroïque lutte de libération nationale qui l’a mené à son indépendance en 1973. Le redressement de notre pays, la Guinée-Bissau, se fera par des dirigeants librement choisis par le peuple souverain bissau-guinéen.
Nous espérons qu’avec votre précieux aide, ce Sommet débouchera sur la publication des résultats électoraux, qui restent disponibles malgré les annonces contraires, afin que le Président que les Bissau-Guinéen.ne.s ont élu, par leurs votes voici très bientôt 3 semaines, puisse assumer ses hautes charges.
En chacun de vous, je garde l’espoir d’être le déclic d’une renaissance de la Guinée-Bissau secourue par des pays et peuples frères.
Ensemble, rendons fier le continent africain et sortons la Guinée-Bissau, cette terre qui n’a que trop souffert d’errements politico-militaires, de la crise que ni son potentiel ni son histoire ne justifient.
Plus généralement, je soutiens vos efforts pour contenir la vague de coups d’états militaires dans notre région et vous remercie d’avance de votre présence à nos côtés en ces heures angoissantes.
Tout notre peuple est convaincu que la conclusion définitive et heureuse du processus électoral jusqu’ici empêchée par le coup de force militaire et les manoeuvres du président sortant en est le principal préalable.
La Cedeao peut ramener la lumière et l’espérance dans notre pays. Comme elle a su le faire ailleurs dans notre région !
Fernando Dias da Costa
Acteur politique Bissau-Guinéen, était candidat à l’élection présidentielle du 23 novembre 2025.

