Ils ont peur de quoi, au juste, ces procureurs en plateau et ces anciens internationaux recyclés en oracle du dimanche soir ? Ils sont là devant le micro, une nostalgie mal digérée et cette certitude chevillée au corps que le football mondial leur appartient par droit d’aînesse. Le Sénégal vient de soulever la CAN 2026 et, aussitôt, la petite musique s’élève. Chance insolente. Arbitrage clément… Tout y passe, sauf l’évidence. Les Lions ont été meilleurs.
Ce n’est pas de l’analyse, c’est de la condescendance industrielle. Une paresse intellectuelle emballée dans un ton professoral. On explique aux Africains leur propre victoire, on la relativise, on la rabaisse, on la renvoie à l’exotisme d’une fête passagère. Comme si le travail, la tactique, la profondeur d’effectif, la gestion des temps faibles et la maturité collective n’existaient pas dès lors que le trophée change de latitude.
Ces attaques ne sont pas innocentes. Elles sentent la peur qui ne dit pas son nom. Juin 2026 approche et le calendrier a le mauvais goût de rappeler un souvenir que la France préférerait classer aux archives. 2002. Un coq muet, une équipe sortie par la petite porte, un pays sidéré. Le Sénégal était alors un intrus charmant. Aujourd’hui, il est un rival installé. Cela change tout.
Alors on pique. On ironise. On convoque des comparaisons absurdes. On oppose des palmarès comme on brandit des titres de propriété. On oublie volontairement que le football n’est pas une rente, qu’il se gagne au présent, sur un terrain, contre des hommes qui courent, pressent, pensent et frappent juste. Le Sénégal n’a pas volé sa couronne. Il l’a forgée match après match, avec une autorité tranquille qui dérange ceux qui vivaient confortablement de leur supériorité supposée.
Les anciens internationaux français devraient pourtant le savoir. Le football est cruel avec les arrogants et généreux avec les humbles organisés. Les journalistes, eux, devraient se souvenir de leur métier. Observer avant de juger. Décrire avant de disqualifier. Informer plutôt que rassurer un public inquiet à l’idée que l’ordre établi vacille.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Un ordre qui tremble. Une hiérarchie qui se fissure. L’Afrique ne demande plus la permission d’exister dans le grand récit du football mondial. Elle s’y inscrit par le jeu, par la discipline, par l’intelligence. Le Sénégal en est l’une des preuves les plus éclatantes.
En juin 2026, le premier match de la France à la Coupe du monde l’opposera au Sénégal. Les micros seront prêts, les phrases aussi. Cette fois, il faudra autre chose que des haussements d’épaules et des sourires condescendants. Le terrain, encore lui, se chargera de la pédagogie. Et si l’histoire aime les clins d’œil, elle pourrait bien rappeler au coq que la crête ne tient que tant qu’on sait se battre sans mépris.
Par Sidy Diop, journaliste

