Journée internationale de la jeunesse : l’ADHA alerte sur le chômage, demande à l’État de passer des promesses aux résultats concrets

À l’occasion de la Journée internationale de la jeunesse, célébrée le 12 août, l’Action pour les Droits Humains et l’Amitié (ADHA) tire la sonnette d’alarme sur la situation des jeunes au Sénégal. Dans un communiqué publié le 11 août 2026, l’organisation appelle les pouvoirs publics à dépasser les discours et à privilégier des politiques publiques évaluables, assorties de résultats concrets.

L’ADHA rappelle que le Sénégal est un pays à la population particulièrement jeune. Selon les données du RGPH-5 de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), 75 % des résidents ont moins de 35 ans et près de la moitié de la population est âgée de moins de 19 ans.

Pour l’organisation de défense des droits humains, cette réalité démographique représente à la fois une opportunité majeure et une responsabilité pour les pouvoirs publics.

L’ADHA s’appuie notamment sur les dernières données de l’ANSD relatives au marché du travail pour le premier trimestre 2026. Le chômage élargi concerne 28,4 % des jeunes âgés de 15 à 34 ans, contre 16,8 % chez les personnes âgées de 35 ans et plus.

Plus préoccupant encore, 34,1 % des jeunes de 15 à 24 ans ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Cette proportion était de 33,5 % un an auparavant.

Les disparités entre les territoires sont également importantes. Le chômage élargi atteint 32 % en milieu rural contre 17,4 % en milieu urbain. Chez les 15-24 ans, la proportion de jeunes sans emploi, ni études, ni formation atteint 47,4 % dans les zones rurales, contre 25 % dans les zones urbaines.

Pour l’ADHA, ces statistiques illustrent les difficultés persistantes d’une partie importante de la jeunesse à accéder à l’emploi, à la formation et aux opportunités économiques.

L’organisation estime également que la migration irrégulière ne peut être abordée uniquement sous l’angle sécuritaire. Les difficultés d’insertion professionnelle, le manque de perspectives économiques, les inégalités territoriales, l’accès limité au financement et les aspirations à la mobilité internationale doivent, selon elle, être intégrés dans l’analyse des départs clandestins.

L’ADHA rappelle avoir déjà alerté sur cette problématique. Une enquête menée en 2018 avait notamment révélé que 75 % des jeunes interrogés se disaient prêts à quitter le Sénégal s’ils en avaient l’occasion ou les moyens. L’organisation précise toutefois que cette donnée, vieille de huit ans, ne constitue pas une statistique nationale actuelle.

À deux mois des Jeux Olympiques de la Jeunesse Dakar 2026, l’ADHA appelle par ailleurs à faire de cet événement un véritable levier de développement pour la jeunesse sénégalaise. Elle souhaite que son héritage dépasse le cadre sportif pour toucher également l’éducation, la formation, l’emploi, l’entrepreneuriat, la culture et la citoyenneté.

Dans ce contexte, l’organisation formule plusieurs recommandations. Elle demande notamment la mise en place d’une politique nationale de l’emploi des jeunes avec des objectifs chiffrés et un mécanisme indépendant d’évaluation, un meilleur rapprochement entre formation et besoins du marché du travail ainsi qu’un accès accru au financement pour les jeunes entrepreneurs et les jeunes femmes.

L’ADHA insiste également sur la nécessité d’accorder une attention particulière aux zones rurales, d’institutionnaliser la participation des jeunes aux politiques publiques et d’adopter une approche globale de la migration irrégulière.

Elle propose en outre la création d’un tableau de bord public consacré à la jeunesse, permettant de suivre régulièrement les indicateurs liés à l’emploi, au chômage, à la formation, à l’entrepreneuriat et à la participation citoyenne.

Pour l’ADHA, le Sénégal dispose déjà de cadres juridiques et d’engagements internationaux suffisants. L’urgence réside désormais dans leur mise en œuvre, leur évaluation et l’obtention de résultats mesurables.

« La jeunesse sénégalaise n’a pas besoin de promesses supplémentaires. Elle a besoin de perspectives, de politiques évaluables et de résultats », estime l’organisation, qui appelle ainsi les pouvoirs publics à faire de la jeunesse une priorité concrètement mesurable de l’action publique.

Pape Ismaïla CAMARA
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