JOJ Dakar 2026 : La Jeunesse Entre Le Podium Et La Pirogue…Boubacar Sèye HSF

Transformer le rêve olympique en rempart contre les drames de l’émigration irrégulière   !!!

 Dakar accueille du 31 octobre au 13 novembre 2026 les premiers Jeux Olympiques de la Jeunesse organisés sur le sol africain.

Le Sénégal s’apprête à écrire une page d’histoire. 2 655 athlètes de 14 à 17 ans, venus de 204 comités nationaux, s’affronteront dans 25 sports et 153 épreuves, avec une parité femmes-hommes totale, une première. Un million d’élèves sénégalais ont déjà été touchés par le programme d’éducation olympique. Ces chiffres impressionnent, et ils le méritent.

C’est une fierté nationale et une occasion exceptionnelle de célébrer les talents, l’énergie et le potentiel de la jeunesse africaine.

Le Sénégal a toutes les raisons d’être fier de Dakar 2026. Faisons de cette fierté le point de départ d’une ambition plus grande : offrir à chaque jeune des possibilités réelles de réussir chez lui, tout en garantissant à ceux qui souhaitent partir une mobilité sûre et digne.

Le plus bel héritage des JOJ ne sera pas seulement le nombre de médailles remportées, mais la capacité de notre société à transformer les rêves de sa jeunesse en perspectives réelles d’avenir.

 

Mais derrière les médailles et les stades flambant neufs, une autre course se joue. Elle ne fait pas la une. Elle ne s’affiche pas sur les podiums. Elle s’appelle la pirogue. Chaque année, des milliers de jeunes Sénégalais, souvent les mêmes âges que les athlètes, confient leur vie à des embarcations de fortune pour rejoindre les îles Canaries. La route est meurtrière. Des corps sont repêchés. Des familles attendent des nouvelles qui ne viennent pas. D’un côté, des jeunes qui courent vers une médaille ; de l’autre, des jeunes qui fuient vers un avenir qu’ils ne trouvent pas ici.

Mais cet événement historique nous invite également à une réflexion essentielle : quel avenir proposons-nous à cette jeunesse, alors que d’autres jeunes Africains risquent leur vie dans l’Atlantique et la Méditerranée pour tenter de rejoindre l’Europe ?

Loin de remettre en cause la portée des JOJ, cette interrogation appelle à en prolonger l’ambition. Car derrière les rêves olympiques, une réalité persiste : chômage, précarité, inégalités d’accès à la formation et manque de perspectives poussent certains jeunes à considérer l’émigration irrégulière comme une ultime solution

 

Il serait tentant d’en rester au constat. Ce n’est pas le sujet. La vraie question est ailleurs : et si ces Jeux pouvaient précisément donner à cette jeunesse une raison de rester, non par la force ou la morale, mais par la perspective ?

Car les JOJ ne sont pas qu’une compétition de treize jours. Derrière les médailles, un dispositif se met en place. L’Initiative FIT ! Sénégal vise à outiller les jeunes pour les métiers des Jeux et de leur héritage : 18 000 jeunes formés, 3 000 diplômés accompagnés vers un premier emploi, 85 000 sensibilisés aux filières professionnelles. Audiovisuel, transports, numérique, hôtellerie-restauration, métiers verts : des emplois concrets, dans des filières qui continueront d’exister après la fête. À cela s’ajoute « JOJ Impact », qui ambitionne de former 1 500 000 « entrepreneurs champions » dans les kiosques solaires, les fermes autonomes et les véhicules électriques. L’ambition est vertigineuse et mérite d’être scrutée. Mais elle a le mérite d’exister : elle ne parle pas de compassion, elle parle de travail, de compétences, de revenus.

 

Le véritable défi, c’est de faire de cet héritage un rempart contre les drames de la mer.

 

Car si les Jeux s’achèvent le 13 novembre 2026 et que, dès le lendemain, les mêmes jeunes se retrouvent sans formation, sans emploi, sans perspective, alors d’autres pirogues reprendront la mer.

La route atlantique vers les Canaries reste l’une des plus meurtrières au monde : plus de 10 000 morts ou disparus recensés en 2024, soit environ 27 décès chaque jour. Ce ne sont pas des chiffres abstraits. Ce sont des jeunes de Mbour, de Rufisque, de Saint-Louis, qui partent avec l’illusion qu’ailleurs il y a une place pour eux. L’enjeu de l’héritage des JOJ n’est donc pas seulement sportif. Il est existentiel. Il s’agit de faire en sorte que les académies, les métiers de l’événementiel, les filières vertes et numériques, les infrastructures laissées derrière nous, deviennent des raisons concrètes de rester. Parce qu’ici, un jeune pourra trouver ce qu’il cherchait ailleurs : une formation qui mène à un emploi, un revenu qui permet de fonder une famille, une dignité qui ne se paie pas au prix d’une traversée. Retenir la jeunesse, ce n’est pas la retenir par la peur de la mer. C’est lui donner assez d’avenir ici pour que la mer cesse d’être une tentation.

Le défi n’est pas de choisir entre le podium et la pirogue. Il est de faire en sorte que le podium cesse d’être une exception réservée à quelques-uns, et que la pirogue cesse d’être la seule porte de sortie pour ceux qui n’ont pas trouvé leur place dans le stade. Les JOJ ne résoudront pas tout. Mais ils peuvent être le moment où le Sénégal décide, collectivement, que la jeunesse qui court sur la piste et celle qui court vers la mer méritent la même attention, la même ambition, les mêmes moyens.

La jeunesse africaine n’a pas besoin qu’on la plaigne. Elle a besoin qu’on lui fasse confiance : des formations qui mènent à des emplois, des infrastructures qui restent vivantes après les caméras éteintes, des perspectives qui rendent le départ moins nécessaire. Dakar 2026 peut être cela. Pas une parenthèse enchantée. Un point de départ.

Pour Horizon Sans Frontières, l’héritage des JOJ doit s’inscrire dans une vision globale reliant Immigration–Paix–Sécurité, développement humain et dignité.

Nous proposons ainsi un mécanisme de suivi de l’héritage social des Jeux, associant l’État, les collectivités territoriales, les organisations de jeunesse, le secteur privé et la société civile, afin de mesurer concrètement les résultats en matière d’emploi, de formation et d’accès aux opportunités.

Que les Jeux commencent. Et que l’après commence avec eux.

 

Boubacar Sèye

Consultant-Chercheur en migrations internationales

Président d’Horizon Sans Frontières

Michel DIEYE

Author

Michel DIEYE

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