Érigé en département depuis 2008, Guinguinéo peine encore à bénéficier des équipements administratifs et judiciaires correspondant à son statut. Réunis au sein d’un collectif, les habitants dénoncent un retard de développement qu’ils jugent préjudiciable à l’économie locale et interpellent l’État sur l’urgence de doter la localité de ses infrastructures de base.
Selon l’alerte relayée par le quotidien EnQuête, près de deux décennies après son accession au rang de département, Guinguinéo continue d’attendre les investissements publics censés accompagner cette nouvelle configuration administrative.
Pour les populations, le constat est sans appel : le département ne dispose toujours ni d’un commissariat de police, ni d’un tribunal départemental, ni d’une véritable cité administrative regroupant les principaux services de l’État. Une situation qui, selon elles, freine considérablement le développement économique et social d’une localité qui polarise pourtant une dizaine de communes.
Réunis au sein du Collectif pour la défense des intérêts de Guinguinéo, les habitants estiment que les engagements pris lors de la création du département n’ont jamais été concrétisés.
« Guinguinéo n’existe comme département que de nom », déplore le secrétaire général du collectif, Cheikh Tidiane Diop, qui souligne que la plupart des services déconcentrés de l’État fonctionnent encore dans des bâtiments loués à des particuliers. Même la préfecture est installée dans un immeuble conventionné, illustrant selon lui l’insuffisance des investissements publics dans la localité.
Le quotidien EnQuête ajoute que le déficit est également perceptible sur le plan sécuritaire. Le département ne dispose que d’une brigade de gendarmerie dont les effectifs sont jugés insuffisants. Pourtant, les populations assurent avoir levé les contraintes foncières souvent invoquées par les autorités. Un propriétaire se serait même engagé à mettre gratuitement un bâtiment à la disposition de l’État pour accueillir un commissariat de police, mais cette proposition serait restée sans suite.
Le même constat est dressé dans le domaine judiciaire. Faute de tribunal départemental, les habitants doivent effectuer le déplacement jusqu’à Kaolack pour la moindre démarche liée à la justice. Une situation que le collectif juge pénalisante, d’autant qu’une offre de mise à disposition d’un bâtiment aurait également été formulée par l’ancien Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye, sans résultat.
Les difficultés touchent également les services financiers. L’absence de perception oblige les retraités, les veuves et de nombreux administrés à se rendre à Gossas pour accomplir certaines formalités ou percevoir leurs pensions, avec les coûts et les contraintes que cela implique.
Au-delà des infrastructures administratives, les populations regrettent l’arrêt de plusieurs projets annoncés dans le cadre de Promovilles. Elles rappellent que la seule réalisation majeure demeure la route Kahone-Gniby via Guinguinéo, tout en plaidant pour la relance du trafic ferroviaire, considéré comme un levier essentiel de redynamisation économique et de création d’emplois.
Estimant que les obstacles liés au foncier ne sont plus d’actualité, le collectif appelle les pouvoirs publics à faire preuve d’une véritable volonté politique afin que Guinguinéo bénéficie enfin des infrastructures correspondant à son statut de département, dix-huit ans après sa création.

