l’approche des Assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, prévues du 12 au 18 octobre à Bangkok, Transparency International appelle à renforcer la transparence et les mécanismes de contrôle de la dette souveraine. L’organisation estime que l’opacité des emprunts et l’insuffisance des dispositifs de redevabilité favorisent les risques de corruption, au détriment des populations et des générations futures.
La dette publique ne constitue pas seulement un enjeu de soutenabilité financière. Elle soulève également des questions de transparence, de contrôle démocratique et de lutte contre la corruption. C’est l’alerte lancée par Transparency International à l’occasion des réunions financières internationales qui se tiennent à Bangkok du 12 au 18 octobre 2026.
Ces rencontres réunissent des ministres des Finances, des gouverneurs de banques centrales, des responsables d’institutions financières internationales, des chefs d’entreprise et des représentants de la société civile. Elles interviennent dans un contexte marqué par la progression de la dette souveraine et le maintien de coûts d’emprunt élevés, particulièrement pénalisants pour les pays à revenu faible et intermédiaire.
Selon les données avancées par l’organisation, près de la moitié des pays éligibles aux financements concessionnels du FMI sont déjà en situation de surendettement ou fortement menacés de l’être. Leurs charges d’intérêts auraient quadruplé depuis 2013. Dans les pays à revenu faible et intermédiaire, au moins 8 % des recettes publiques seraient consacrées au service de la dette.
En Afrique, Transparency International souligne qu’une part importante de la population vit dans des pays qui dépensent davantage pour les intérêts de la dette que pour la santé, l’éducation et la lutte contre le changement climatique. L’organisation estime que la corruption demeure un facteur insuffisamment pris en compte dans l’analyse de cette crise.
L’opacité des emprunts en question
Dans son analyse, Transparency International considère que le manque d’accès aux informations relatives aux prêts publics empêche les citoyens et les institutions de contrôle de comprendre les conditions de financement, l’affectation des ressources et les responsabilités des différents acteurs.
Lorsque les transactions sont opaques et que les mécanismes de reddition des comptes sont fragmentés, les risques de détournement ou de mauvaise utilisation des fonds augmentent. Les conséquences peuvent être lourdes : les ressources empruntées ne produisent pas les effets attendus, tandis que les populations restent exposées au remboursement de la dette.
L’organisation appelle donc les gouvernements, les créanciers et les institutions financières internationales à renforcer les garanties anticorruption dans les procédures d’emprunt et de gestion de la dette souveraine.
Trois dossiers à suivre à Bangkok
Transparency International identifie trois rendez-vous majeurs susceptibles d’influencer les politiques internationales en matière de dette et de gouvernance.
Le premier concerne les examens engagés par le FMI sur son système de surveillance économique ainsi que sur la conception et les conditionnalités de ses programmes. Pour l’organisation, ces révisions devraient intégrer les évaluations de gouvernance et les mesures anticorruption au cœur des programmes de financement, plutôt que de les traiter comme des éléments secondaires.
Le deuxième rendez-vous est la réunion des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales du G20, prévue le 15 octobre. Transparency International y voit une occasion de promouvoir une meilleure divulgation des informations relatives aux créanciers, aux organismes chargés d’approuver les prêts et aux mécanismes de supervision. L’organisation plaide également pour que la lutte contre la corruption fasse partie intégrante de l’évaluation des risques liés à l’endettement.
Le troisième dossier porte sur le lancement du premier cycle annuel de la Plateforme des emprunteurs, accompagné de son plan de travail pour 2026-2027. Cette nouvelle structure doit permettre aux pays emprunteurs de mieux coordonner leurs positions dans les discussions internationales sur la dette.
L’objectif est de réduire le déséquilibre entre des créanciers disposant de mécanismes de coordination bien établis et des pays emprunteurs dont les capacités de négociation demeurent parfois limitées. La plateforme doit notamment contribuer au renforcement des compétences techniques en matière de suivi, de déclaration et de négociation de la dette.
Pour des règles plus strictes et des contrôles renforcés
Au-delà de ces rendez-vous, Transparency International formule plusieurs attentes à l’égard du FMI, de la Banque mondiale et du G20.
L’organisation demande d’abord une plus grande transparence des prêts souverains, qu’ils proviennent de créanciers bilatéraux, multilatéraux ou privés. Elle recommande l’adoption de normes communes limitant les clauses de confidentialité et favorisant la publication des informations financières et non financières relatives aux emprunts publics.
Elle plaide ensuite pour l’intégration systématique des diagnostics de gouvernance dans la conception des programmes du FMI, ainsi que pour une meilleure prise en compte des risques de corruption dans les évaluations de la viabilité de la dette. La société civile et les experts indépendants devraient également disposer de mécanismes formels leur permettant de contribuer à l’élaboration et au suivi des programmes.
Enfin, l’organisation appelle au renforcement des institutions nationales de contrôle. Les parlements, les agences de gestion de la dette et les institutions supérieures de contrôle devraient disposer de davantage d’indépendance, de ressources et de compétences techniques pour examiner, suivre et auditer les engagements financiers publics.
Pour Transparency International, les financements internationaux doivent s’accompagner de procédures de contrôle rigoureuses et de sanctions appropriées en cas de mauvaise gestion ou de faute professionnelle.
À Bangkok, l’enjeu sera donc de transformer les engagements internationaux en mesures concrètes. L’organisation entend suivre les promesses formulées et évaluer les résultats obtenus, considérant que la transparence de la dette et la lutte contre la corruption sont indispensables à une gestion responsable des ressources publiques et à la protection des générations futures.

