Présentée à Davos sous l’impulsion de Donald Trump, une charte dite du « Conseil de paix » suscite de vives réserves. Pour le chercheur et consultant en migrations internationales Boubacar Sèye, cette initiative pose de lourdes questions de légitimité, de souveraineté et de respect du multilatéralisme.
Réunie à Davos autour d’une initiative présentée comme une avancée pour la paix mondiale, la communauté internationale est aujourd’hui confrontée à un choix crucial. La charte dite du « Conseil de paix », portée par l’ancien président américain Donald Trump, est loin de faire l’unanimité. Pour Boubacar Sèye, président de l’ONG Horizon Sans Frontières, l’enjeu dépasse l’affichage diplomatique et appelle à une vigilance accrue des États.
Dans son analyse, le chercheur rappelle que la paix ne peut être ni décrétée, ni personnalisée. « Une paix durable ne saurait dépendre de l’initiative d’un seul homme, encore moins d’un acteur politique dont l’action a souvent privilégié la logique transactionnelle au détriment du multilatéralisme », soutient-il. À ses yeux, toute architecture crédible de paix mondiale doit s’inscrire dans le cadre des institutions internationales reconnues, au premier rang desquelles l’Organisation des Nations unies.
Boubacar Sèye pointe également un déficit majeur de légitimité. La charte proposée n’aurait fait l’objet ni d’un mandat international clair, ni d’un processus inclusif associant États, sociétés civiles et régions directement touchées par les conflits. Or, insiste-t-il, une paix authentique ne peut émerger que d’un dialogue transparent, équitable et concerté.
L’histoire récente, rappelle encore l’analyste, montre que les accords inspirés par des agendas géopolitiques partisans produisent souvent des paix fragiles, incapables de traiter les causes profondes des conflits : injustices économiques, violations du droit international, inégalités structurelles ou situations d’occupation. « Une paix qui ignore ces réalités n’est qu’un vernis diplomatique », avertit-il.
Autre point de vigilance : le risque de perte de souveraineté décisionnelle pour les États signataires, qui pourraient se voir liés à des orientations futures qu’ils ne maîtrisent pas. Enfin, Boubacar Sèye met en garde contre toute instrumentalisation de la paix à des fins de prestige ou de repositionnement politique.
Pour le président d’Horizon Sans Frontières, refuser de signer cette charte aujourd’hui ne revient pas à rejeter la paix. C’est, au contraire, défendre une paix juste, équilibrée et réellement universelle, fondée sur le multilatéralisme et la crédibilité morale

