L’Assemblée nationale peut-elle engager seule des réformes institutionnelles majeures ? Pour l’expert électoral et membre du GRADEC, Djibril Gningue, la marge de manœuvre du Parlement reste limitée par l’architecture institutionnelle sénégalaise.
Invité de l’émission « En Vérité » sur Radio Sénégal, Djibril Gningue a estimé que le Sénégal demeure marqué par un régime présidentialiste dans lequel le chef de l’État conserve une place centrale. Selon lui, cette configuration explique en grande partie les difficultés rencontrées par l’Assemblée nationale lorsqu’elle souhaite porter des réformes substantielles sans l’aval de l’Exécutif.
« Nous sommes dans un régime présidentialiste d’essence jacobine », a expliqué l’expert électoral, pour qui cette concentration des pouvoirs limite la capacité du Parlement à conduire seul des transformations institutionnelles de grande ampleur.
Djibril Gningue relie également les tensions actuelles au contexte économique difficile, marqué notamment par un niveau d’endettement préoccupant. À cette dimension économique s’ajoutent, selon lui, des divergences de vision et de méthode entre les différents acteurs politiques, malgré leur référence commune au panafricanisme et au souverainisme.
L’expert considère cependant que ces divergences ne doivent pas conduire à une crise institutionnelle majeure. Il estime nécessaire de privilégier la concertation entre les institutions et les différentes forces politiques, en plaçant « l’intérêt supérieur du pays » au-dessus des considérations partisanes.
Djibril Gningue évoque à ce propos une « crise institutionnelle de basse intensité », susceptible de s’aggraver si les tensions entre les institutions persistent.
Il appelle donc au renforcement du dialogue entre l’Exécutif et le Parlement. La question d’une éventuelle Troisième République mérite également, selon lui, d’être clarifiée dans le cadre des réformes constitutionnelles annoncées.
L’expert rappelle que le Sénégal est passé d’un régime parlementaire, consacré par la Constitution de 1959, à un régime présidentialiste avec la Constitution de 1963, à la suite de la crise politique de 1962. Pour Djibril Gningue, toute réforme future devra donc déterminer clairement si elle entend simplement modifier le cadre actuel ou procéder à une véritable rupture institutionnelle.

