Plus de deux ans après l’alternance, une partie de l’opposition hausse le ton et interpelle directement le régime du président Bassirou Diomaye Faye sur la situation économique et sociale du pays.
Dans une déclaration liminaire adressée à la presse, les auteurs du document estiment que l’espoir suscité par l’alternance reste confronté à une réalité marquée, selon eux, par la vie chère, le chômage, les difficultés des entreprises, le ralentissement de l’investissement et la précarité des ménages.
Ils considèrent que le chef de l’État, son gouvernement et la majorité qui les soutiennent disposent désormais de l’ensemble des leviers de l’État et doivent, à ce titre, assumer la responsabilité des résultats de leur action. « Les Sénégalais n’attendent plus des explications ; ils attendent des solutions », soutiennent-ils.
Face à cette situation, cette opposition dit vouloir mener une démarche « responsable », fondée sur la défense de l’intérêt national, la transparence et la formulation de propositions.
Des audits et davantage de transparence
Sur le plan institutionnel, elle réclame notamment la suppression des fonds politiques et des fonds spéciaux jugés insuffisamment soumis au contrôle public.
Elle demande également un audit indépendant et exhaustif des fonds politiques et sociaux gérés par la Présidence de la République et la Primature depuis 2024, ainsi qu’un renforcement des mécanismes de contrôle des finances publiques.
La déclaration réclame en outre la publication des informations prévues par la loi concernant les déclarations de patrimoine des responsables concernés.
Elle exige par ailleurs le départ du ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, Cheikh Tidiane Dièye, ainsi que l’ouverture d’un audit de sa gestion. Les auteurs du document établissent notamment un lien entre les inondations enregistrées à Touba et ce qu’ils qualifient d’échec de la politique de prévention.
Tout en évoquant certaines interrogations présentes dans le débat public concernant des dossiers financiers impliquant des responsables politiques, ils appellent les institutions compétentes à apporter des réponses dans le respect de l’État de droit et de la présomption d’innocence.
Des assises pour relancer l’économie
Sur le front économique, l’opposition propose la tenue d’Assises nationales consacrées à la relance de l’économie. Celles-ci réuniraient notamment les partenaires sociaux, les entreprises, les collectivités territoriales, les universitaires, les organisations professionnelles, les producteurs, les jeunes et les forces politiques.
Ces assises devraient, selon elle, déboucher sur un pacte national axé sur le soutien aux PME, la restauration de la confiance des investisseurs, la protection du pouvoir d’achat, le renforcement de la production nationale, la maîtrise des finances publiques et la création d’emplois durables.
La déclaration insiste également sur la nécessité de répondre aux préoccupations de la jeunesse. Elle propose un plan national d’urgence pour l’emploi des jeunes, reposant notamment sur l’apprentissage, la formation qualifiante, l’entrepreneuriat, l’accès au financement et le développement des PME.
Une réforme de l’agriculture est également préconisée afin de moderniser les filières, améliorer l’accès aux intrants, renforcer l’irrigation et développer la transformation locale.
Une réforme de l’administration
Les auteurs de la déclaration souhaitent enfin une modernisation de l’État. Ils préconisent notamment un audit de la Fonction publique, la lutte contre les emplois fictifs, une meilleure adéquation entre les profils et les postes ainsi que la généralisation de la Gestion axée sur les résultats.
Sur le plan parlementaire, ils proposent l’instauration d’un niveau minimal de qualification pour les candidats aux élections législatives, avec le BFEM ou un diplôme équivalent dans un premier temps, avant une évolution progressive vers le baccalauréat ou un diplôme équivalent.
Ils recommandent également la mise en place d’une formation continue des parlementaires dans les domaines des finances publiques et du contrôle de l’action gouvernementale.
À travers cette déclaration, cette frange de l’opposition entend ainsi placer le pouvoir face à ce qu’elle considère comme une « urgence des résultats », tout en avançant une série de propositions économiques, sociales et institutionnelles.

