Corruption électorale : Transparency International alerte sur les risques en Afrique et plaide pour plus de transparence dans le financement politique

Le financement de la vie politique demeure l’un des principaux défis en matière d’intégrité électorale à travers le monde. Dans une nouvelle analyse, Transparency International estime que l’argent occupe une place croissante dans les processus électoraux et peut influencer les candidats, les campagnes et, au-delà, les décisions politiques.

Selon l’organisation, les élections sont censées être déterminées par les électeurs. Pourtant, l’opacité du financement politique peut donner un avantage considérable à certains candidats avant même l’ouverture des bureaux de vote.

Transparency International rappelle qu’en décembre dernier, à Doha, la Conférence des États parties à la Convention des Nations Unies contre la corruption (CNUCC) a adopté la résolution 11/7, présentée comme le cadre international le plus complet à ce jour en matière de financement politique.

L’organisation souligne toutefois que l’efficacité de ce dispositif dépendra de sa mise en œuvre par les législateurs, les autorités électorales et les organismes chargés de lutter contre la corruption.

L’Afrique apparaît comme l’une des régions les plus exposées. Transparency International indique que seuls deux pays africains publient en ligne des informations sur le financement de leurs activités politiques. Pour remédier à cette situation, l’organisation et plusieurs partenaires ont notamment proposé une feuille de route à travers la Déclaration d’Accra sur la financiarisation de la politique en Afrique.

La Zambie comme cas d’école

La situation en Zambie illustre, selon Transparency International, les risques liés à l’absence de règles suffisamment contraignantes. Plus de 8,7 millions d’électeurs étaient inscrits pour les élections du 13 août, auxquelles participait notamment le président sortant, Hakainde Hichilema.

Avant le scrutin, le gouvernement avait entrepris une réforme constitutionnelle et électorale visant notamment à faire passer le nombre de sièges parlementaires de 156 à 226. Transparency International Zambia s’était opposée à cette initiative, estimant qu’elle pouvait favoriser le parti au pouvoir.

L’organisation cite également une enquête de Global Witness, selon laquelle des députés de l’opposition et des indépendants auraient été transportés dans un hôtel de luxe quelques jours avant un vote décisif sur la réforme. Certains auraient reçu des propositions financières pouvant atteindre 150 000 dollars en échange de leur soutien, tandis que d’autres auraient été menacés d’arrestation.

Transparency International dénonce parallèlement l’absence, en Zambie, de plafond et d’obligation de transparence concernant les dons politiques, qu’ils soient nationaux ou étrangers.

L’organisation relève aussi plusieurs pratiques observées pendant la campagne : manque supposé de neutralité de certains responsables publics, dérogations accordées à certaines obligations électorales, annonces de programmes sociaux lors de rassemblements de campagne et utilisation de véhicules dont les plaques d’immatriculation étaient dissimulées.

Une réforme attendue depuis 2017

Pour Transparency International, une solution législative existe pourtant depuis plusieurs années. Un projet de loi destiné à encadrer le financement politique est en discussion en Zambie depuis 2017. Transparency International Zambia et le Centre zambien pour le dialogue interpartis l’ont actualisé en 2024.

L’organisation indique également que son président, François Valérian, avait écrit au président Hakainde Hichilema pour lui demander de soumettre le texte au Parlement, sans obtenir de réponse.

La justice zambienne a finalement pris le relais. En avril dernier, la Cour constitutionnelle a jugé inconstitutionnelle l’absence de législation sur le financement politique et ordonné au gouvernement d’adopter une loi dans un délai de douze mois, soit avant avril 2027.

Transparency International rappelle que d’autres pays africains ont connu des démarches similaires, notamment l’Afrique du Sud, le Kenya, le Malawi et le Ghana, où les juridictions ont également contribué à renforcer les règles de transparence de la vie politique.

Pour l’organisation, la future législation zambienne devra notamment déterminer les conditions de création des partis, leurs règles de gouvernance, la gestion de leurs ressources financières, la transparence des dons et des dépenses, ainsi que les sanctions applicables en cas de violation des règles.

À travers le cas zambien, Transparency International entend ainsi rappeler qu’une démocratie crédible ne repose pas uniquement sur la tenue régulière d’élections. Elle exige également que les citoyens puissent savoir qui finance les partis et les candidats, avec quels moyens et dans quelles conditions.

Pape Ismaïla CAMARA
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