L’affaire Softcare reste entourée de zones d’ombre. La Mission d’information de l’Assemblée nationale, chargée d’examiner le dossier, confirme la présence de matières premières périmées au sein de l’entreprise, tout en indiquant ne pas avoir pu établir avec certitude qu’elles ont été utilisées dans la fabrication des produits.
Dans son rapport présenté vendredi 2 octobre 2026, Sud Quotidien fait état d’importantes insuffisances en matière de traçabilité, de gestion des stocks et de contrôle institutionnel.
Après plusieurs travaux d’investigation, les parlementaires affirment avoir procédé à une analyse « exhaustive, rigoureuse et contradictoire » des éléments techniques, documentaires et testimoniaux disponibles. Parmi les faits établis figure la présence de matières premières arrivées à expiration, notamment un film perforé identifié sous le code SAP 210032699.
Les documents consultés, dont des certificats d’analyse et des fiches de stock, indiquent que ces matières avaient été réceptionnées comme conformes avant de dépasser leur date de validité. La mission relève cependant plusieurs défaillances dans leur gestion, notamment dans le suivi des dates de péremption, l’isolement des produits non conformes, la tenue des registres et la formalisation des procédures.
Au total, 2 260 kilogrammes de matières périmées auraient été collectés, isolés puis détruits par incinération. Cette destruction est documentée, selon le rapport, par des bordereaux de suivi des déchets, des certificats de destruction et des pièces de facturation.
La mission souligne toutefois qu’aucune étude scientifique indépendante commanditée spécifiquement dans le cadre de l’affaire ne lui a été présentée. Elle estime également que les méthodes analytiques disponibles ne permettent pas, à ce stade, de démontrer a posteriori l’utilisation de matières périmées à partir de l’analyse des produits finis.
Des témoignages et des échanges internes alimentent néanmoins les interrogations. Le rapport cite notamment les déclarations du responsable du contrôle qualité ainsi que des messages écrits et vocaux échangés via WhatsApp, évoquant des consignes d’utilisation de matières premières périmées et un usage qui aurait été habituel. Ces éléments ne suffisent toutefois pas, à eux seuls, à établir matériellement leur utilisation dans les produits finis.
Au-delà de l’entreprise, Sud Quotidien rapporte que la mission parlementaire pointe également des dysfonctionnements institutionnels, avec des incohérences dans certains rapports d’inspection, une coordination jugée insuffisante entre les acteurs et une rupture d’alignement interne au sein de l’Agence sénégalaise de réglementation pharmaceutique.
La mission estime que ces défaillances ont contribué à transformer une question initialement technique en crise institutionnelle et de confiance. Elle préconise ainsi une modernisation des outils de contrôle, un renforcement du cadre réglementaire et une meilleure coordination entre les différentes institutions chargées de la sécurité sanitaire.

