Il est des silences qui pèsent lourd. Des décisions qui interrogent les consciences. Et des combats humains qui nous obligent à regarder au-delà des procédures, pour ne jamais oublier l’essentiel : la vie humaine.
Le rassemblement pacifique que notre Collectif avait prévu ce samedi à Dakar pour appeler à une grâce royale en faveur de Mbayang Diop n’a pas été autorisé par le préfet de Dakar.
Nous prenons acte de cette décision. Nous le faisons avec dignité, responsabilité et sans esprit de confrontation. Mais nous ne pouvons pas taire notre profonde émotion face à cette interdiction, alors que notre seule ambition était de réunir des femmes et des hommes autour d’un message de compassion, de clémence et d’espérance.
Derrière le nom de Mbayang Diop, il y a une femme. Une vie. Une famille. Des proches qui espèrent. Et cette terrible incertitude qui pèse sur ceux qui attendent qu’une porte s’ouvre, qu’un cœur soit touché, qu’un geste de clémence vienne changer le cours d’un destin.
C’est pour cette vie que nous voulions nous rassembler. Non pour défier l’autorité. Non pour provoquer qui que ce soit. Mais pour rappeler, avec humilité et conviction, que la compassion n’a ni frontières ni nationalité, et que l’espoir d’une grâce mérite d’être porté par toutes les consciences sensibles à la dignité humaine.
Aujourd’hui, notre rassemblement est interdit. Mais une question demeure : comment rester indifférent lorsqu’une vie est en jeu et que des citoyens souhaitent simplement se réunir pacifiquement pour implorer la clémence ? Face à une situation aussi grave, cette interdiction soulève une douloureuse question de conscience. Elle pourrait être ressentie comme un obstacle à un élan de solidarité envers une personne dont la vie serait menacée.
Nous aurions voulu être ensemble, entendre nos voix s’unir, voir des mains se lever non pas dans la colère, mais dans la prière, la solidarité et l’espérance. Nous aurions voulu montrer que, lorsqu’une vie humaine appelle à la clémence, le cœur d’un peuple peut se mobiliser au-delà de toutes les différences.
Nous prenons acte de la décision du préfet de Dakar. Mais nous prenons également à témoin le peuple sénégalais, l’opinion publique nationale et internationale, ainsi que l’histoire.
Notre démarche demeure pacifique. Notre respect des institutions demeure entier. Notre appel à la grâce royale en faveur de Mbayang Diop demeure intact. Nous continuerons à privilégier le dialogue, la diplomatie, la prière et toutes les voies pacifiques susceptibles de faire grandir l’espérance.
Car il ne s’agit pas de gagner une bataille contre une autorité. Il s’agit de défendre une espérance humaine. Il ne s’agit pas d’opposer des institutions, mais de solliciter un geste de clémence qui pourrait bouleverser un destin et redonner à une famille la lumière qu’elle attend.
Un rassemblement peut être interdit. Une voix peut être empêchée de se faire entendre dans la rue. Mais comment interdire à un cœur de compatir ? Comment empêcher une conscience de s’émouvoir devant la fragilité d’une vie humaine ?
Aujourd’hui, nous prenons acte. Demain, l’histoire retiendra. Elle retiendra ce que nous aurons fait, ce que nous aurons tenté et ce que nous aurons défendu lorsque l’espoir d’une grâce exigeait que nous nous levions, pacifiquement, au nom de l’humanité.
À Mbayang Diop, nous voulons dire que notre solidarité ne s’arrête pas à une interdiction administrative. À sa famille et à ses proches, nous voulons rappeler qu’ils ne sont pas seuls dans cette épreuve. Et à toutes les personnes de bonne volonté, nous lançons un appel : continuons à porter la voix de la clémence, dans la dignité, la paix et le respect.
Parce qu’au bout de notre combat, il n’y a ni victoire politique ni revanche à célébrer. Il y a une vie humaine pour laquelle nous voulons encore croire à la grâce.
Pour Mbayang . Pour la clémence. Pour la vie .
Boubacar Sèye

