Panapress : réclamant leurs salaires impayés et des comptes sur la gestion, le collectif des employés et retraités interpelle publiquement le directeur général

Le collectif des employés et retraités de Panapress hausse le ton. Dans une lettre ouverte adressée au directeur général de l’agence panafricaine de presse, Babacar Fall, ses membres réclament des réponses sur les années de salaires impayés, les indemnités dues aux retraités, la situation financière de l’agence et l’utilisation des subventions publiques. Estimant que les démarches entreprises auprès de plusieurs autorités n’ont pas abouti, ils entendent porter le dossier sur la place publique.

Dans ce document, le collectif affirme avoir saisi l’Inspection du travail, le ministère des Affaires étrangères, le ministère du Travail et le Médiateur de la République, sans obtenir de résultat satisfaisant. Face à ce qu’il décrit comme un silence persistant de la direction, il demande désormais des explications publiques et écrites sur la situation des travailleurs et le fonctionnement de l’agence.

Des années d’arriérés de salaires dénoncées

Le premier point de préoccupation concerne les rémunérations impayées. Les signataires rappellent une réunion tenue le 5 mars 2021, à laquelle avaient notamment participé l’ancien président du conseil d’administration, M. Biouk, et Ali Dellali, directeur du bureau Afrique du Nord de Panapress basé à Tripoli. Selon leur récit, des promesses de règlement des arriérés avaient alors été formulées, mais aucun paiement n’aurait suivi.

Le collectif demande au directeur général de préciser le nombre d’années de salaires restant dus, le montant global des arriérés ainsi que les sommes dues individuellement à chaque employé. Il réclame également un état détaillé des rémunérations impayées, mois par mois, et des indemnités et droits associés.

Les signataires évoquent des conséquences humaines particulièrement lourdes, affirmant que l’absence de revenus a empêché certains employés de faire face aux dépenses de santé de leurs proches. Ils dénoncent aussi, dans leur lettre, des mesures de rétorsion et des restrictions d’accès aux soins qui auraient touché des grévistes et leurs familles. Ces accusations appellent une réponse de la direction concernée.

Les anciens agents désormais à la retraite sont également au cœur des revendications. Le collectif souhaite connaître le montant total des salaires et indemnités de départ qui leur seraient dus, ainsi que la date prévue pour leur règlement.

Licenciements et accès aux locaux contestés

La lettre ouverte aborde ensuite la situation des membres du collectif qui affirment avoir été licenciés sans notification et empêchés d’accéder aux bureaux de l’agence.

Les signataires demandent à Babacar Fall de préciser le fondement juridique des licenciements contestés et d’indiquer qui aurait donné l’ordre d’interdire l’accès aux locaux. Ils réclament également la restitution des effets personnels et des documents qui seraient restés dans les bureaux, ainsi que le versement des sommes dues aux personnes concernées.

Au-delà des relations de travail, le collectif soulève des questions relatives à la gouvernance de Panapress. Il demande notamment l’identité des membres actuels du conseil d’administration, la date de sa dernière réunion et l’existence éventuelle d’audits financiers réalisés ces dernières années. Les signataires souhaitent pouvoir consulter les rapports correspondants et obtenir un état précis des recettes, des dettes et des actifs de l’agence.

La subvention de l’État au centre des interrogations

Le financement public constitue un autre volet majeur de cette interpellation. Selon les auteurs de la lettre, Panapress bénéficie d’une subvention annuelle de l’État du Sénégal. Ils demandent si cette aide continue d’être versée, depuis quelle date et pour quel montant annuel.

Le collectif veut également savoir comment les sommes reçues ont été utilisées depuis le début des impayés et si une partie de ces ressources a servi au paiement des salaires, des retraites ou des indemnités.

Les signataires s’interrogent par ailleurs sur la situation juridique et financière de l’agence, qu’ils estiment en cessation des paiements depuis plusieurs années. Ils soulignent que Panapress continuerait à produire des dépêches, mais à un rythme très inférieur à son activité passée, sans que cette production limitée permette, selon eux, de résoudre les difficultés financières accumulées.

Ils demandent ainsi pourquoi aucune procédure de cessation des paiements ou de dépôt de bilan n’aurait été engagée, et souhaitent connaître le statut juridique exact de l’agence. La mention « Panapress SA », qui apparaît dans certains documents officiels, les conduit également à interroger la compatibilité entre ce statut de société anonyme et le statut diplomatique dont l’agence se prévaut.

Le rôle éventuel de la Libye évoqué

La lettre aborde également les discussions évoquées autour d’un éventuel financement libyen destiné à relancer et à restructurer l’agence. Les signataires demandent si Panapress a été cédée, totalement ou partiellement, à l’État libyen. Dans l’affirmative, ils réclament des précisions sur la date, les modalités et le montant d’une éventuelle opération.

Ils souhaitent aussi savoir si des fonds en provenance de la Libye ont été reçus depuis la réunion du 5 mars 2021 et, le cas échéant, à quoi ils ont servi, puisque les arriérés de salaires resteraient, selon eux, impayés. Le collectif interroge enfin la place qu’occuperait aujourd’hui l’État libyen dans la gouvernance et le financement de l’agence.

Les archives de Panapress, notamment les dépêches et la base de données photographique, constituent le dernier grand sujet de préoccupation soulevé dans le document. Les employés et retraités veulent connaître leur lieu de conservation, les conditions de stockage et les éventuels risques de perte, de copie ou de cession.

Un appel aux autorités sénégalaises

En conclusion, le collectif demande une réponse publique et écrite à chacune de ses questions. Il affirme être déterminé à poursuivre ses démarches pour obtenir le paiement des salaires, des indemnités et des autres droits qu’il estime lui être dus.

Les signataires interpellent également l’État du Sénégal, rappelant que Panapress bénéficie d’un accord de siège lui accordant un statut et des facilités particulières. Ils estiment que cet instrument diplomatique ne saurait justifier, selon eux, une dérogation aux règles fondamentales du droit du travail.

Ils demandent donc aux autorités sénégalaises de veiller au respect des droits des travailleurs, de s’assurer de la bonne utilisation des fonds publics et de tirer les conséquences des éventuels manquements qui seraient établis. L’Assemblée nationale est également invitée à se saisir du dossier.

À travers cette lettre ouverte, le collectif place ainsi la direction de Panapress face à une série de questions portant à la fois sur les droits sociaux, la transparence financière et l’avenir d’une agence panafricaine dont la situation reste, selon les signataires, sans réponse satisfaisante. Les éléments avancés dans le document constituent les revendications et les interrogations du collectif, dans l’attente des explications de la direction et des autorités concernées.

Michel DIEYE

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