En analysant le blocage des candidatures au poste de Secrétaire général de l’ONU, je pense à Edgar Morin. Sa réflexion sur une mondialisation marquée par « une interdépendance sans solidarité » trouve ici une résonance particulière.
L’Organisation des Nations unies, créée en 1945, demeure marquée par les rapports de force qui ont présidé à sa naissance. Le privilège accordé aux cinq membres permanents entre en tension avec le principe d’égalité souveraine des États, pourtant consacré par sa Charte.
Cette asymétrie ne signifie pas que les peuples seraient d’inégale dignité ; elle révèle que leur égale dignité ne se traduit pas par une égale capacité à peser sur les décisions internationales. La puissance économique, militaire et diplomatique peut ainsi prévaloir sur l’expression de la majorité.
Et pourtant, à l’intérieur de nos pays, le respect de la volonté populaire, de l’État de droit et des principes démocratiques est constamment exigé. Comment justifier que ces exigences perdent de leur force lorsqu’il s’agit de gouverner les relations entre les nations ?
On peut difficilement continuer à faire vivre une Organisation des Nations unies dont la gouvernance ne reflète pas les profondes transformations politiques, économiques et démographiques du monde, huit décennies après sa création. Ces mutations exigent une capacité d’anticipation et une réactivité stratégique à leur mesure. Nous ne sommes plus en 1945.
On peut difficilement continuer à voir une Afrique marginalisée entretenir sa propre fragmentation face à des enjeux majeurs. La multiplication des démarches nationales, sans position commune suffisamment construite et portée collectivement, affaiblit sa capacité d’influence. L’unité africaine doit se traduire dans la préparation des candidatures, la cohérence des choix et la continuité de l’action diplomatique.
On peut difficilement continuer à choisir un Secrétaire général principalement en fonction de son acceptabilité auprès des membres permanents du Conseil de sécurité. Une expertise reconnue, une expérience éprouvée et une intégrité sans faille devraient constituer les critères déterminants de ce choix. La capacité à servir l’intérêt collectif doit peser davantage que celle de ménager les intérêts des puissances.
L’ONU appelle, de toute urgence, une réforme profonde de sa gouvernance, qui honore l’éthique, traduise l’égale dignité des peuples et réponde aux réalités complexes et mouvantes du monde contemporain.
La démocratie ne saurait être une exigence pour les nations et une exception dans leurs relations. L’ONU doit faire vivre, dans sa propre gouvernance, les principes qu’elle demande aux États de respecter.
Dr Papa Abdoulaye Seck

