Des Denrées Alimentaires Aux Services Du Quotidien :Jusqu’où Ira Le Laisser-Faire ?
La Complainte De La Ménagère Sénégalaise de Madame Henriette Niang Kandé Devrait Nous Interpeller Tous.
Elle ne parle pas d’économie avec des graphiques, des statistiques ou de grands concepts. Elle parle avec son porte monnaie. Elle parle avec son panier. Elle parle avec sa marmite.
Elle c’est peut-être justement pour cette raison que son témoignage est si important.
Elle nous dit quelque chose que les chiffres ne peuvent pas toujours traduire : le Sénégalais ordinaire a de plus en plus de mal à suivre le rythme des prix.
L’oignon augmente .
La viande augmente .
Le poisson augmente.
Le carburant augmente.
Les produits de première nécessité deviennent plus difficiles à acheter.
Mais le phénomène ne s’arrête pas à l’alimentation.
Tout semble devenir plus cher.
Le lavage d’une voiture, la livraison Tiack Tiack, certains petits services, les transports, les prestations diverses : chacun semble pouvoir décider de son tarif, parfois du jour au lendemain.
Et le consommateur ?
Il n’a souvent d’autre choix que de payer.
C’est là que se trouve le véritable problème.
Le Problème N’est Plus Seulement La Hausse Des Prix : C’est L’absence De Repères
Une économie normale peut connaître des augmentations.
Le coût du carburant peut augmenter.
Le transport peut coûter plus cher.
Une mauvaise récolte peut faire monter le prix d’un produit.
Une pénurie peut provoquer une tension sur le marché.
Tout cela peut s’expliquer.
Mais ce qui devient préoccupant, c’est lorsque le consommateur ne sait plus ce qui justifie réellement le prix qu’on lui demande.
Pourquoi tel produit passe-t-il soudainement de 1000f à 1500f ?
Pourquoi tel produit cout-t-il 500f ici et 750f quelques mètres plus loin ?
Pourquoi certains tarifs augmentent-ils immédiatement lorsque les coûts augmentent, mais re-descendent-ils si difficilement lorsque ces mêmes coûts diminuent ?
Qui contrôle ? Qui vérifie ? Qui explique ? Qui protège le consommateur ?
Voilà les véritables questions.
Le Sénégal dispose pourtant de mécanismes de régulation et d’administration des prix. Le gouvernement a notamment fixé des prix officiels pour certains produits et annoncé en janvier 2026 une baisse officielle du prix du riz brisé ordinaire à Dakar et à l’ensemble du Sénégal.
Le budget 2026 du ministère de l ‘industrie et du commerce prévoit d’ailleurs un programme spécifique consacré à » l’accessibilité des produits et services, la lutte contre la vie chère et la modernisation du commerce » , doté de plus de 33 milliards de francs cfa en crédits de paiement.
La question n’est donc pas de savoir si l’Etat fait quelque chose.
La vraie question est :
Est -Ce Que Ce Qui Est Décidé Est Suffisamment Controlé Sur Le Terrain ?
Car entre une décision prise dans un bureau et son application dans les marchés, boutiques, quartiers et services de proximité, il peut exister un monde.
Et c’est précisément dans cet espace que le consommateur peut être abandonné.
Il Faut Passer De La Gestion Des Prix À La Gouvernance Des Prix
Nous avons besoin d’un véritable système national de surveillance du coût de la vie.
Pas uniquement pendant le Ramadan.
Pas uniquement lorsque les médias dénoncent une flambée.
Pas uniquement lorsqu’une colère populaire commence à monter.
Tous les jours.
Il faut connaître les prix réels pratiqués dans les différents marchés et circuits de distribution.
Il faut savoir combien coût réellement un produit :
au producteur – au grossiste – au transporteur – au distributeur – au détaillant – au consommateur.
Lorsque l’écart devient anormal, il faut pouvoir en rechercher la cause.
Car il ne faut pas confondre liberté des prix et liberté d’abuser du consommateur.
Et Si Nous Créions Un Observatoire National Du Panier Sénégalais ?
Chaque semaine, les sénégalais pourraient connaître publiquement le prix moyen d’une vingtaine ou d’une trentaine de produits et services essentiels :
. Riz ;
. huile ;
. sucre ;
. oignon ;
. pomme de terre ;
. pain ;
. lait ;
. viande ;
. poisson ;
. légumes ;
. gaz;
. transport ;
. certains services essentiels.
Un système numérique simple permettant même au citoyens de signaler les prix anormalement élevés, avec localisation et photographie du prix affiché.
Les données seraient ensuite vérifiées par les services compétents.
La transparence serait une arme beaucoup plus efficace que les simples déclarations.
Il Faut Aussi S’attaquer Aux Intermédiaires
Il est trop facile de désigner systématiquement le commerçant comme responsable.
Le prix final est souvent le résultat d’une chaîne complexe .
Il faut donc établir, filière par filière, où se crée réellement la hausse.
Si le producteur vend à 300f et que le consommateur paie 700f ,il faut comprendre pourquoi.
Si le transport représente une part excessive du prix, il faut agir sur la logistique.
Si les pertes post-récolte sont importantes, il faut développer les infrastructures de stockage.
Si certains intermédiaires captent une marge excessive, il faut l’identifier.
Si la production nationale est insuffisante, il faut investir dans la production.
On ne combat pas durablement la vie chère uniquement avec des contrôles : on combat aussi ses causes.
Et Les Petits Services ?
C’est ici qu’il faut être particulièrement intelligent.
Le laveur de voitures, li livreur Tiack Tiack, le réparateur, le petit prestataire ne doivent pas être considérés comme des ennemis du consommateur.
Eux aussi doivent vivre.
Mais le consommateur doit également être protégé contre les tarifs arbitraires.
La solution pourrait être la mise en place, selon les secteurs, de grilles tarifaires indicatives ou des fourchettes de prix clairement affichées, établies avec les professionnels, les associations de consommateurs et les collectivités locales.
Ainsi, chacun saurait à quoi s’attendre.
Le professionnel pourrait défendre sa rémunération.
Le consommateur pourrait comparer.
Et l’Ètat pourrait intervenir lorsque des pratiques manifestement abusives sont constatées.
Le Sénégal A Besoin D’un Pacte Du Consommateur
Je crois que nous devons aller encore plus loin.
Il faudrait réunir autour d’une même table :
État + producteurs + transporteurs + distributeurs + associations de consommateurs + collectivités territoriales + organisations professionnelles.
Et leur faire signer un véritable pacte national pour le pouvoir d ‘achat et la transparence des prix.
Avec trois engagements simples :
- Produire Davantage
Pour réduire notre dépendance et sécuriser l’approvisionnement.
- Distribuer Mieux
En réduisant les intermédiaires inutiles, les pertes, les coûts logistiques et les dysfonctionnements.
- Contrôler Et Informer D’avantage
Pour que chaque Sénégalais sache pourquoi il paie le prix qu’on lui demande.
Le Consommateur Ne Doit Plus Être Le Grand Oublié
La ménagère qui se plaint aujourd’hui n’est pas simplement une personne qui se plaint de l’oignon.
Elle lance un avertissement.
Elle nous dit que derrière chaque hausse se trouve une famille qui doit réduire ses achats.
Derrière le kilo de viande devenu trop cher, il y’a une famille qui n’en achète plus.
Derrière le poisson devenu inaccessible, il y a un ménage qui modifie son alimentation.
Derrière chaque service qui augmente,il y a un budget familial qui se resserre.
Et lorsque toutes ces petites augmentations s’accumulent, c’est le niveau de vie tout entier qui recule.
Alors oui la marmite est en colère.
Mais elle ne doit pas seulement être entendue,
Elle Doit Être Écoutée.
Parce qu’un gouvernement ne se mesure pas seulement à ses grandes réalisations ,à ses programmes ou à ses discours.
Il se mesure aussi à la capacité du citoyen ordinaire de remplir son panier, de nourrir correctement sa famille et de vivre dignement de son revenu.
Le Sénégal ne peut pas construire son avenir avec une population qui travaille davantage mais dont le
pouvoir d ‘achat diminué.
La lutte contre la vie chère ne doit donc plus être une réaction ponctuelle . Elle doit devenir une véritable politique publique, permanente, mesurable et contrôlée.
Et surtout, il faut sortir du laisser-faire.
Car lorsque chacun fixe son prix, son tarif ou sa marge sans véritable contrôle, et que le consommateur finit toujours par payer, ce n’est plus seulement un problème économique.
C’est un problème de gouvernance.
Le Moment Est Venu De Remettre De L’ordre Dans Les Prix, De La Transparence Dans Les Marchés Et De La Justice Dans La Relation Entre Le Vendeur Et Le Consommateur.
La marmite Sénégalaise ne demande pas des miracles .
Elle demande simplement qu’on lui permette de continuer à nourrir dignement la famille Sénégalaise.
Monsieur
Serigne Habib Ndaw
Patriote Octogénaire Engagé
Au Service De La Nation.
Expert En Grande Distribution Et
Commerce International.
Ancien Cadre Dirigeant De La Sonadis
Mail. Ndaw.Habib45@Gmail.Com
Dakar, Le 01 Septembre 2026

