Surpeuplées, déconnectées et donc coûteuses — les villes africaines limitées aux biens et services non échangeables…

De nombreuses villes d’Afrique subsaharienne ont en commun trois caractéristiques qui entravent leur développement économique et leur croissance, dont deux sont clairement apparentes dans les structures physiques et la forme spatiale : elles sont d’une part surpeuplées (population et habitations nombreuses) et, d’autre part, elles sont déconnectées en raison d’une insuffisance des transports en commun et d’autres infrastructures.

Enfin, les villes sont également coûteuses, et cela est dû en partie à leur manque de connectivité. En effet, les villes africaines figurent parmi les plus chères au monde, à la fois pour les entreprises et pour les ménages, ne fût-ce qu’en raison de l’inefficacité de leur aménagement spatial.

Des villes surpeuplées

Les villes africaines sont surpeuplées au sens où leurs habitants s’entassent dans les habitations rudimentaires et précaires du centre-ville pour être proches de leur lieu de travail. Il existe plusieurs raisons à cela, la première étant que l’urbanisation de la population ne s’est pas accompagnée d’une urbanisation des capitaux . Le logement, les infrastructures et les autres investissements font défaut. Sur l’ensemble du continent, l’investissement dans l’immobilier urbain a neuf ans de retard (Dasgupta, Lall et Lozano-Gracia,

Faibles dépenses d’investissement dans les villes d’Afrique subsaharienne pendant une période de croissance urbaine rapide

Les villes africaines sont surpeuplées en raison de l’absence de logements formels planifiés à proximité des emplois et des services. Sans une politique de construction de logements formels adaptée, la population ne fera qu’augmenter dans les quartiers informels au coeur des villes et donc à proximité des emplois, comme c’est le cas de Kibera, à Nairobi, et de Tandale, à Dar es Salaam.

 

Dans cette dernière ville, 28 % des résidents vivent à trois au moins dans une seule pièce, tandis qu’à Abidjan, ils sont 50 % à vivre dans ces conditions (Banque mondiale 2015a, Banque mondiale 2016). À Lagos, au Nigéria, deux personnes sur trois habitent dans des bidonvilles (Banque mondiale, 2015a).

L’un des facteurs de la surpopulation urbaine en Afrique est la pénurie d’investissements, qui sont restés relativement faibles dans la région au cours des quatre dernières décennies, à seulement 20 % environ du PIB. À l’inverse, les pays urbanisés d’Asie de l’Est, tels que la Chine, le Japon et la République de Corée, ont augmenté leurs investissements pendant les périodes d’urbanisation rapide.

Entre 1980 et 2011, les dépenses d’investissement en Chine (infrastructures, logement et immobilier de bureau) sont passées de 35 à 48 % du PIB, tandis que la population urbaine augmentait de 18 à 52 % entre 1978 et 2012. Dans l’ensemble de la région est-asiatique, les dépenses d’investissement sont restées au-dessus de 40 % du PIB à la fin de cette période.

Les investissements dans le logement en Afrique sont également inférieurs à ceux d’autres pays à revenu faible et intermédiaire. Entre 2001 et 2011, les pays africains à faible revenu ont investi 4,9 % de leur PIB dans le logement, contre 5,5 % dans les autres pays à faible revenu. Les pays africains à revenu intermédiaire ont quant à eux investi 6,5 % de leur PIB dans le logement, contre 9 % dans les autres pays à revenu intermédiaire (Dasgupta, Lall et Lozano-Gracia, 2014).

Ces chiffres soulignent le fait que l’Afrique s’urbanise tout en demeurant pauvre et même, chose frappante, plus pauvre que d’autres régions en développement ayant des niveaux d’urbanisation comparables. En 1968, lorsque les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord ont atteint un taux d’urbanisation de 40 %, leur PIB par habitant était de 1 800 dollars (en dollars constants de 2005).

Et en 1994, les pays de l’Asie de l’Est et du Pacifique ont dépassé ce même seuil d’urbanisation avec un PIB par habitant s’élevant à 3 600 dollars. En revanche, l’Afrique a aujourd’hui un PIB par habitant de 1 000 dollars seulement, avec un taux d’urbanisation de 40 % en 2014.

Pape Ismaïla CAMARA
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