Le Moment Du Déclic Est Arrivé, Allons-Nous Encore Attendre ?
Pour sauver le pays, sortir enfin de la politique des personnes et revenir à la politique des institutions.
Les grands repères éthiques et intellectuels
Kéba Mbaye et la suprématie du droit : Les institutions doivent être plus forte que les hommes.
Quand la justice devient l’arme d’un camp contre un autre, l’ État de droit s’effondre. La dépersonnalisation réhabilite une justice impartiale, garantie la paix sociale.
Cheikh Anta Diop et l’impératif de la science : Une nation ne se batit pas sur des querelles de personnes, mais sur le travail, la planification et la rigueur. Face aux défis économiques majeurs – dette publique, exigences budgétaires et gestion souveraine des ressources ( pétrole, gaz ) – , le Sénégal à besoin d’expertise technocratique, non d’hystérie politique.
Le Sénégal traverse une période particulièrement délicate de son histoire politique.
Depuis plusieurs années, notre vie nationale semble prisonnière d’une logique devenue extrêmement dangereuse : nous ne débattons plus suffisamment de projets, d’institutions et de politiques publiques ; nous débattons de personnes.
Qui sera candidat ?
Qui contrôlera le parti ?
Qui prendra le dessus sur qui ?
Qui éliminera qui ?
Qui sera au pouvoir demain ?
Qui devra répondre de la gestion d’hier ?
Et pendant que les hommes s’affrontent, le Sénégal, lui, attend .
Il attend des solutions à ses difficultés économiques et sociales. Il attend des emplois, une agriculture réellement productive, une industrie capable de créer des richesses, une administration plus efficace, une justice crédible, une école performante et un véritable changement dans les comportements.
Mais comment construire un pays lorsque chaque alternance risque de devenir une revanche et chaque compétition électorale une bataille existentielle ?
C’est là que se trouve, à mon sens, l’une des grandes questions auxquelles le Sénégal doit répondre aujourd’hui.
Le Danger : Avoir Personnalisé La République
Nous devons avoir le courage de le reconnaître : nous avons progressivement personnalisé notre démocraties.
L’élection présidentielle est devenue, dans l’imaginaire politique, beaucoup plus qu’un choix de programme.
Elle tend à devenir le choix d’un homme contre un autre.
Et lorsque le pouvoir se personnalise à ce point, l’adversaire politique n’est plus simplement un concurrent démocratique : il peut finir par être considéré comme un ennemi à abattre politiquement.
C’est précisément cette logique qu’il faut absolument éviter.
Car lorsqu’un pays entre dans cette mécanique, les conséquences peuvent être terribles :
un pouvoir arrive, règle ses comptes avec le précédent ; le suivant arrive, règle ses comptes avec le précédent ; et ainsi de suite.
La république devient alors prisonnière d’un interminable cycle de vengeance.
Or un État ne peut pas fonctionner durablement comme une succession de règlements de compte.
2021 – 2024 : Ne Jamais Reproduire Les Mêmes Erreurs
Les années 2021-2024 ont profondément marqué la société sénégalaise.
Quelles que soient les lectures politiques que chacun peut faire de cette période, une chose doit nous interpeller collectivement : un pays ne doit plus jamais accepter que les divergences politiques dégé
-nérent en affrontements mettant en danger la paix civile, la cohésion nationale et la vie de ses citoyens.
Les accusations, les arrestations, les emprisonnements, les accusations de manipulation politique et les tensions qui ont marqué cette période doivent surtout servir de leçon.
Il ne s’agit pas de réécrire l’histoire pour désigner éternellement des coupables.
Il s’agit de comprendre comment éviter que le Sénégal revive demain une situation comparable.
Car la véritable victoire d’une démocratie n’est pas de permettre à un camp de vaincre définitivement l’autre.
La véritable victoire est de construire des institutions suffisamment fortes pour que personne ne puisse être tenté de détruire son adversaire pour survivre politiquement.
La Grande Erreur : Croire Qu’en Éliminant Un Homme On Élimine Une Idée
C’est ici que se trouve peut-être le piège le plus dangereux.
Une personnalité politique emprisonnée, écarté, bat-
-tue ou empêchée de participer à la compétition
Mais une idée, lorsqu’elle est profondément enracinée dans la population, ne disparaît pas avec son principal représentant.
Au contraire.
L’exclusion d’un leader peut transformer celui-ci en symboles.
Elle peut renforcer le sentiment d’injustice chez ses partisans.
Elle peut nourrir la frustration.
Et demain, lorsque ces mêmes personnes reviendront aux affaires, elles peuvent être tentées de faire exactement ce qu’elles reprochaient à leurs prédécesseurs.
C’est ainsi que nait le cycle infernal de la vengeance politique.
Voilà pourquoi le Sénégal doit sortir de cette logique.
La Solution : Dépersonnaliser La Politique Sénégalaise
À mon humble avis, l’une des voies les plus sérieuses pour préserver notre pays serait précisément celle-ci :
Cesser De Vouloir Éliminer Les Hommes Et Commencer À Consolider Les Institutions.
Cela signifie accepter une idée simple mais fondamentale :
Le Sénégal est plus important que Diomaye.
Le Sénégal est plus important que Sonko.
Le Sénégal est plus important que Macky Sall.
Le Sénégal est plus important que tout autre homme politique.
Les hommes passent.
La République demeure.
Les présidents passent.
Le peuple demeure.
Les partis passent.
La Nation demeure.
C’est cette hiérarchie des priorités que nous devons rétablir.
Et Si 2029 Devait Être L’élection De La République, Et Non Celle Des Personnes ?
C’est peut-être là que se trouve la véritable rupture.
Plutôt que de préparer dès maintenant une nouvelle bataille autour de deux ou trois personnalités, pourquoi ne pas réfléchir à une solution qui permettrait au Sénégal de sortir définitivement de la confrontation personnelle ?
Si les conditions politiques et constitutionnelles le permettent, l’idée pourrait être de considérer que les principaux protagonistes de la crise actuelle renoncent à transformer l’élection de 2029 à un nouveau duel personnel, afin de laisser émerger une nouvelle génération politique et une compétition fondée prioritairement sur les programmes.
Ce serait pas nécessairement une défaite pour l’un ou l’autre.
Ce pourrait être, au contraire, un sacrifice politique au service de la paix nationale.
Car il faut parfois savoir renoncer à une ambition personnelle pour préserver une Nation.
Ni Diomaye Contre Sonko, Ni Sonko Contre Diomaye : Le Sénégal D’abord
Le débat ne devrait donc pas être :
» Qui de Diomaye ou de Sonko doit gagner ? »
La vraie question devrait être :
» Comment faire pour que le Sénégal gagne ? »
Et cette question est infiniment plus importante.
Si demain chaque camp se prépare à prendre sa revanche sur l’autre, nous aurons peut-être une nouvelle alternance.
Mais nous n’aurons pas nécessairement une nouvelle République.
Or le Sénégal n’a pas besoin d’une nouvelle guerre politique.
Il a besoin d’une trêve historique.
Il a besoin de retrouver de la sérénité.
Il a besoin que ses institutions fonctionnent indépendamment des humeurs des hommes.
Il a besoin que la justice soit rendue selon le droit et non selon les rapports de force.
Il a besoin que l’opposition soit respectée.
Il a besoin que la majorité gouverne.
Il a besoin que les perdants acceptent leur défaite.
Et surtout, il a besoin que les vainqueurs compren-
-nent qu’ils ne seront jamais propriétaires du pays.
Le Droit Avant L » Homme, Le Parti Avant L’individu, La République Avant Le Parti
C’est probablement le principe fondamental que nous devons réhabiliter.
Aucun homme ne doit être au être au-dessus des institutions.
Aucun parti ne doit être au-dessus de la République.
Aucun président ne doit être au-dessus du droit.
Aucune majorité ne doit pouvoir confondre sa victoire électorale avec la propriété de l’Ètat.
Et aucune opposition ne doit considérer que sa défaite électorale lui donne le droit de bloquer le pays.
La démocratie n’est pas seulement le droit de gagner.
C’est aussi l obligation d’accepter les règles lorsque l’on perd.
Une Nouvelle Page Pour Le Sénégal
Le Sénégal possède quelque chose de beaucoup plus précieux que ses hommes politiques : une histoire, une culture démocratique, une tradition de dialogue et un peuple profondément attaché à la paix.
Nous devons préserver cet héritage.
Il faut donc avoir le courage d’imaginer une nouvelle architecture politique dans laquelle :
. les institutions sont plus fortes que les personnalités ;
. la justice est réellement indépendante ;
. les élections ne sont pas des batailles de survie ;
. l’alternance ne signifie pas automatiquement vengeance ;
. l’opposition est considérée comme une composante légitime de la République ;
. les partis présentent des programmes plutôt des des cultes de personnalités ;
. la jeunesse politique peut émerger sans être prisonnière des anciens clivages ;
. et surtout, l’intérêt général redevient la finalité première de l’action publique.
Le Vrai Courage Politique Serait De Savoir Renoncer
Il faut le dire clairement.
Dans certaines circonstances historiques, le plus grand acte politique n’est pas de conquérir le pouvoir, mais de savoir s’effacer lorsque l’intérêt supérieur du pays l’exige .
Si demain des personnalités majeures comprennent que leur retrait ou leur non- affrontement peut empêcher une nouvelle fracture nationale, alors ce choix pourrait être considéré non comme une faiblesse, mais comme un acte de responsabilité historique .
Car l’histoire ne retiendra pas seulement ceux qui auront occupé le pouvoir .
Elle retiendra aussi ceux qui auront su préserver leur pays lorsque celui-ci était en danger.
Sauver Le Sénégal Avant De Sauver Les Carrières Politiques
Voilà peut-être le véritable débat que nous devons ouvrir.
Nous devons sortir du raisonnement :
» Comment mon camp gagne- t- il ? »
C’est une révolution intellectuelle et politique.
Elle exige du courage.
Elle exige de l’humilité.
Elle exige que les responsables politiques acceptent que leur destin personnel ne peut jamais être supérieur au destin collectif.
Le Sénégal ne doit appartenir ni à un homme, ni à un parti, ni à une génération.
Le Sénégal appartient à son peuple.
Conclusion : Il Est Encore Temps De Choisir La Paix Politique
Nous avons encore le choix.
Nous pouvons continuer à personnaliser la République, à transformer chaque désaccord en affrontement , chaque élection en guerre et chaque alternance en règlement de comptes .
Ou nous pouvons décider de changer radicalement de méthode.
Mettre les institutions au-dessus des hommes.
Le droit au-dessus des passions.
Le programme au-dessus de la personnalité.
L’intérêt général au-dessus de l ‘intérêt partisan.
Et le Sénégal au-dessus de tous les Sénégalais qui aspirent à le diriger.
C’est peut-être cette voie, difficile mais courageuse, qui permettra à notre pays d’éviter de reproduire les tragédies politiques du passé.
Il ne s’agit plus de savoir qui gagnera la prochaine bataille .
Il s’agit de savoir si le Sénégal sortira vivant de toutes ces batailles.
Et, à mes yeux, le véritable choix historique pour 2029 ne devrait pas être celui d’un homme contre un autre, mais celui de la république contre la personnalisation excessive du pouvoir.
Sauvons D’abord Le Sénégal. Provoquer Le Déclic : L’appel Aux Bonnes Volontés
Mais qui provoquera le Déclic ? Qui fera le premier pas ?
J’en appelle à toutes les bonnes volontés : personnalités respectées, anciens responsables, chefs religieux, intellectuels, universitaires, acteurs de la société civile, médiateurs et facilitateurs capables de parler à toutes les sensibilités.
Il est temps que des hommes et des femmes de paix prennent l’initiative d’aller vers les uns et vers les autres, de créer le contact, de rétablir la confiance et de rendre possible une rencontre.
Il ne s’agit de soutenir ni un camp ni une personnalité, mais de sauver l’essentiel : le Sénégal.
Parfois, une nation ne bascule pas grâce à une grande décision, mais grâce à quelques personnes qui ont le courage de faire le premier pas.
Que Ce Premier Pas Soit Fait Maintenant.
Avant une nouvelle confrontation, avant une nouvelle fracture, avant qu’il ne soit trop tard.
Faisons naître le déclic. Mettons les hommes et les femmes autour de la table et le Sénégal au-dessus de la table
Les Hommes Politiques Passeront. La République, Elle Doit Rester.
Monsieur
Serigne Habib Ndaw
Patriote Octogénaire Engagé
Au Service De La Nation.
Mail. Ndaw.Habib45@Gmail.Com
Dakar, Le 26 Août 2026

