Santé publique : Guédiawaye lance la phase élargie du programme Healthy Heart Africa pour lutter contre les maladies non transmissibles

La commune de Guédiawaye a accueilli, ce jeudi 18 décembre 2025, le lancement officiel du programme élargi Healthy Heart Africa (HHA) au Sénégal. Cette nouvelle phase marque une étape décisive dans la lutte contre les maladies non transmissibles (MNT), avec un accent particulier sur la prévention, le dépistage précoce et la prise en charge intégrée de l’hypertension artérielle, du diabète et désormais des maladies rénales chroniques (MRC).

La ville de Guédiawaye a servi de cadre, hier jeudi, au lancement de la phase 2.0 du programme Healthy Heart Africa (HHA), une initiative de santé publique qui vise à répondre au fardeau croissant des maladies non transmissibles au Sénégal. Déployé en partenariat avec le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, AstraZeneca, PATH et d’autres acteurs du secteur, le programme s’inscrit dans une dynamique de renforcement des soins communautaires et intégrés.

L’événement a réuni un large éventail de parties prenantes : responsables nationaux et régionaux de la santé, spécialistes médicaux, agents de santé communautaires, représentants de patients, partenaires techniques et financiers, ainsi que des autorités administratives et territoriales.

La santé, une priorité pour Guédiawaye

Dans son mot de bienvenue, M. Moussa Guèye, représentant du maire de Guédiawaye, a souligné l’importance stratégique de cette initiative pour la commune. Selon lui, la santé constitue un pilier essentiel du développement local et du bien-être des populations. Il a salué le choix porté sur Guédiawaye, une zone urbaine confrontée à des défis sanitaires majeurs, notamment en matière de maladies chroniques.

Dans la même veine, Me Cheikh Niang, coordonnateur du programme élargi Healthy Heart Africa au Sénégal, a rappelé que d’importants jalons ont déjà été posés dans le département. « Depuis plusieurs mois, des interventions ciblées ont été menées au niveau des postes de santé et dans les zones dites “à eaux”, avec la fourniture de lots conséquents de matériels médicaux », a-t-il expliqué. Il a également annoncé des ambitions renforcées, notamment l’obtention de subventions destinées à faciliter les tests de dépistage des maladies rénales chroniques.

Des maladies non transmissibles au cœur des préoccupations

Prenant la parole, Dr Ndiaye Faly Diop, Médecin-chef du district sanitaire de Guédiawaye, a mis en perspective les enjeux sanitaires qui sous-tendent cette nouvelle phase du projet. Selon lui, la première phase du programme HHA était centrée sur la lutte contre l’hypertension artérielle, mais les données épidémiologiques ont montré que les complications de ces maladies chroniques conduisent fréquemment aux maladies rénales chroniques.

« Il était donc impératif d’élargir le champ d’intervention vers les MRC et d’y intégrer également la prise en charge du diabète », a-t-il indiqué. Il a rappelé que les maladies non transmissibles constituent aujourd’hui la première cause de mortalité dans le monde, représentant 74 % des décès en 2022 selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dont 96 % de décès prématurés surviennent dans les pays à faible revenu ou en développement.

Au Sénégal, la situation est tout aussi préoccupante. En 2019, les maladies non transmissibles représentaient 53 % des décès, avec une part importante attribuée aux maladies cardiovasculaires (22 %), au cancer (10 %) et aux autres pathologies chroniques. La probabilité de décès prématuré lié à une MNT était estimée à 22 %, un chiffre jugé alarmant par les spécialistes.

Facteurs de risque et poids économique

Les données récentes de 2024 sur les facteurs de risque montrent une forte prévalence de la sédentarité (86 %), de l’hypertension artérielle (28,9 %), du diabète (4,2 %), de l’obésité (10 %) et du tabagisme (8 %) chez les personnes âgées de 28 à 69 ans. À cela s’ajoutent la mauvaise alimentation, l’usage abusif de l’alcool et la pollution de l’air.

Sur le plan économique, les maladies non transmissibles constituent le premier poste de dépenses de santé, avec 46 % en 2022 et 45 % en 2023. Les produits pharmaceutiques et les soins curatifs accaparent près de 80 % de ces dépenses, tandis que la prévention ne représente que 2 %, révélant un déséquilibre majeur dans l’allocation des ressources.

La maladie rénale chronique, un enjeu majeur

La maladie rénale chronique apparaît comme une menace croissante. Selon les estimations de l’OMS, environ 664 millions de personnes dans le monde vivent avec une MRC en 2025, soit près de 9 % de la population mondiale. Elle pourrait devenir la cinquième cause mondiale de mortalité d’ici 2050.

Au Sénégal, la prévalence globale de la MRC est estimée à 4,3 %, avec des disparités régionales notables : 3,8 % dans la région de Dakar et jusqu’à 9 % dans celle de Matam. Les experts rappellent que 20 % des personnes hypertendues et près de 40 % des diabétiques risquent de développer une maladie rénale chronique, soulignant l’étroite corrélation entre ces pathologies.

Un engagement renouvelé des autorités

Présidant la cérémonie, M. Sékou Vieux Diatta, adjoint au préfet de Guédiawaye, a transmis les salutations du préfet du département, empêché, avant de rappeler l’engagement du Sénégal dans la lutte contre les maladies non transmissibles. Il a insisté sur le caractère encore méconnu et sous-estimé de ces pathologies par les populations, malgré leur lourd impact sanitaire, économique et psychosocial.

Il a salué l’implication des partenaires, notamment l’ONG PATH, et l’engagement des professionnels de santé au service des populations de Guédiawaye. « La santé n’a pas de prix, et cette mobilisation collective témoigne de notre volonté commune de protéger nos communautés », a-t-il déclaré, avant de procéder au lancement officiel du projet HHA 2.0.

Un rôle clé pour la presse et la sensibilisation

Les organisateurs ont enfin appelé les médias à jouer un rôle central dans la sensibilisation du public face au fardeau croissant des maladies non transmissibles, en particulier les maladies rénales chroniques. Le programme HHA ambitionne ainsi de renforcer la compréhension des enjeux, de promouvoir le dépistage précoce et d’améliorer l’accès à des soins équitables et durables.

À travers cette nouvelle phase, Healthy Heart Africa s’affirme comme un levier stratégique pour inverser la tendance des maladies chroniques au Sénégal, en plaçant la prévention et l’action communautaire au cœur de la réponse sanitaire.

Michel DIEYE

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Michel DIEYE

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