Révolution verte en Afrique : vingt ans après, le modèle de l’AGRA sous le feu des critiques, l’AFSA alerte sur les limites du modèle

Vingt ans après le lancement de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA), le modèle agricole promu par cette organisation fait l’objet de nouvelles critiques. Selon Sud Quotidien, deux rapports publiés ou annoncés par l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA) et le chercheur américain Timothy A. Wise dressent un bilan particulièrement sévère de cette initiative, notamment sur la question de la faim et de l’évolution des rendements agricoles.

Suivant les données présentées par les auteurs, le nombre de personnes sous-alimentées dans les pays ciblés par l’AGRA aurait augmenté de 58 % depuis 2006. Cette progression serait supérieure à celle avancée lors d’une précédente évaluation, réalisée en 2020, qui faisait état d’une hausse de 31 %. Ces résultats sont jugés préoccupants au regard de l’objectif initial de l’AGRA, qui visait notamment à contribuer à réduire de moitié la faim dans ses pays d’intervention.

Les rapports mettent également en doute l’efficacité de l’intensification agricole fondée sur un recours accru aux engrais et aux intrants, ajoute le journal. La progression des rendements des principales cultures aurait ralenti depuis la création de l’AGRA, alors que les superficies cultivées auraient augmenté de 46 % depuis 2006. Pour les auteurs, cette situation suggère que l’accroissement de la production serait davantage lié à l’extension des terres agricoles qu’à une véritable amélioration de leur productivité.

Le Sénégal cité en exemple

D’après Sud Quotidien, le Sénégal est également évoqué dans cette analyse. Selon les auteurs, le pays, qui ne figurait pas parmi les États ciblés par l’AGRA, aurait néanmoins atteint au cours de la même période l’objectif de réduction de moitié de la faim que l’organisation s’était fixé dans ses pays d’intervention. Une comparaison qui nourrit, selon eux, les interrogations sur les résultats du modèle de la « Révolution verte ».

En Zambie, les critiques sont particulièrement fortes. Mutinta Nketani, coordinatrice nationale de l’Alliance zambienne pour l’agroécologie et la biodiversité (ZAAB), estime que les investissements réalisés dans des politiques alignées sur l’AGRA n’ont pas permis d’améliorer suffisamment la situation des agriculteurs, confrontés notamment à l’endettement.

Face à ces limites, l’AFSA plaide pour une réorientation des financements vers l’agroécologie. Cette approche privilégie notamment la régénération des sols, la préservation des semences, la diversification des exploitations et la réduction de la dépendance aux intrants extérieurs.

Le débat devrait se poursuivre le 24 août 2026 lors d’une conférence de presse consacrée à la souveraineté alimentaire. Plusieurs acteurs sont annoncés, parmi lesquels Million Belay, Mariama Sonko, Mutinta Nketani et Timothy A. Wise. L’étude de ce dernier, intitulée « Requiem pour la Révolution verte en Afrique », a été publiée le 17 août. Le rapport de l’AFSA, intitulé « La révolution verte a échoué en Afrique : vingt ans de données et ce qui fonctionne à la place », doit pour sa part être rendu public le 24 août.

Mamadou Nancy Fall
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