Repli Identitaire, Xénophobie : Qui Veut Mettre Le Feu Au Sénégal ? L’observatoire Demande Une Enquête.

Le Sénégal est aujourd’hui confronté à un débat qui dépasse largement la question de la présence des étrangers sur son territoire. Il touche à notre conception de la nation, à notre histoire, à notre place en Afrique et, surtout, à notre responsabilité dans la stabilité de l’Afrique de l’Ouest.

C’est pourquoi les agissements et les prises de position répétées de Monsieur Papa Tahirou Sarr à l’égard des étrangers méritent désormais autre chose qu’une simple polémique politique.

Ils méritent un examen sérieux, rigoureux et institutionnel.

Je demande donc solennellement à l’État du Sénégal d’ouvrir une enquête afin de déterminer si, derrière certaines campagnes de stigmatisation et certains discours de repli identitaire, il existe des réseaux, des intérêts particuliers, des financements ou des stratégies organisées susceptibles d’alimenter les tensions entre communautés.

Il ne s’agit pas d’accuser sans preuve. Il s’agit précisément de rechercher la vérité.

Car une question fondamentale se pose : à qui profite la fragmentation identitaire de notre société ?

Le Sénégal Ne Doit Pas Devenir Un Laboratoire De La Division

Le Sénégal est une terre d’hospitalité, de brassage et de circulation. Son histoire est intimement liée à celle de ses voisins.

Les Guinéens, les Maliens, les Mauritaniens, les Gambiens, les Ivoiriens, les Nigériens et tant d’autres ressortissants africains ne sont pas des étrangers dans un sens qui permettrait de les transformer en boucs émissaires.

Nous appartenons à un même espace historique, culturel et humain.

La CEDEAO n’est pas une abstraction administrative : elle repose sur une réalité profonde, celle d’une Afrique de l’Ouest où les peuples ont toujours circulé, commercé, travaillé, étudié et construit des familles au-delà des frontières héritées de la colonisation.

Vouloir transformer cette mobilité en menace permanente, c’est prendre le risque de fissurer l’un des fondements de notre stabilité régionale.

La Migration N’est Pas Une Invasion

Oui, le Sénégal doit contrôler ses frontières.

Oui, il doit lutter contre l’immigration irrégulière, les trafics, la fraude documentaire, l’exploitation des personnes et toutes les formes de criminalité transnationale.

Oui, l’État doit connaître ceux qui vivent sur son territoire et faire respecter ses lois.

Mais une politique migratoire rigoureuse n’est pas une politique de stigmatisation.

Le Sénégal dispose d’ailleurs déjà de mécanismes administratifs concernant le séjour et la circulation des étrangers. Le ministère de l’Intérieur prévoit notamment une carte de circulation pour certaines catégories d’étrangers établis au Sénégal.

Le véritable débat devrait donc porter sur l’efficacité de nos politiques publiques, sur les capacités de contrôle de l’État, sur l’emploi, l’économie informelle, la fiscalité, la sécurité et la coopération régionale.

Pas sur la désignation permanente de communautés comme responsables de nos propres difficultés.

Tahirou Sarr Se Trompe De Combat

À Monsieur Tahirou Sarr, je voudrais dire une chose avec toute la fermeté nécessaire :

La souveraineté ne se construit pas contre les étrangers. Elle se construit avec un État fort, une administration efficace et une vision géopolitique intelligente.

Réduire les problèmes de chômage, de pouvoir d’achat, d’insécurité ou d’émigration irrégulière à la présence des étrangers relève d’une lecture dangereusement simplificatrice des réalités.

Les migrations sont un phénomène mondial. Elles sont liées aux déséquilibres économiques, aux conflits, au changement climatique, aux dynamiques démographiques, aux politiques de visas, aux besoins de main-d’œuvre et aux crises sécuritaires.

Celui qui prétend vouloir régler la question migratoire en érigeant des murs identitaires montre surtout qu’il n’a pas compris la profondeur géopolitique du phénomène.

L’Afrique ne peut pas se construire en enfermant ses peuples les uns contre les autres.

Le Plus Grand Danger : Le Repli Identitaire

Ce qui m’inquiète le plus n’est donc pas seulement le discours d’un homme politique.

C’est la banalisation progressive d’un discours qui oppose les Sénégalais aux autres Africains, qui transforme l’étranger en menace et qui présente la différence comme un danger.

Car l’histoire nous enseigne une chose : lorsque la peur de l’autre devient un instrument politique, elle finit toujours par produire des fractures sociales.

Aujourd’hui ce sont les Guinéens.

Demain, qui sera désigné ?

Les Maliens ? Les Nigérians ? Les Mauritaniens ? Les Ivoiriens ?

Et après-demain, jusqu’où ira cette logique ?

Nous devons arrêter cette spirale avant qu’elle ne devienne incontrôlable.

Qui Se Cache Derrière Cette Stratégie ?

C’est précisément pour cette raison que je demande à l’État sénégalais de regarder au-delà de la polémique.

Existe-t-il des réseaux qui encouragent ces discours ?

Existe-t-il des financements ou des intérêts particuliers ?

Existe-t-il des acteurs qui cherchent à instrumentaliser les questions migratoires pour créer des tensions entre communautés ?

Existe-t-il une stratégie visant à exporter le repli identitaire à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest ?

Ces questions méritent d’être posées.

Et si la réponse est non, tant mieux.

Mais si des éléments sérieux existent, l’État doit les identifier et les porter à la connaissance de l’opinion.

Le Sénégal Doit Rester Le Sénégal

Notre pays a une responsabilité particulière.

Le Sénégal ne doit pas devenir le théâtre d’une guerre des identités.

Il doit rester cette terre de dialogue, de Téranga, de brassage et de coexistence qui a longtemps contribué à son rayonnement.

Nous pouvons défendre nos intérêts nationaux sans humilier l’étranger.

Nous pouvons contrôler nos frontières sans attiser la haine.

Nous pouvons exiger le respect de nos lois sans transformer des communautés entières en boucs émissaires.

Et nous pouvons construire une politique migratoire souveraine sans tourner le dos à l’Afrique.

À ceux qui jouent avec le feu identitaire, je dis simplement : taisez-vous avant que vos paroles ne produisent des conséquences que personne ne pourra maîtriser.

Le Sénégal n’a pas besoin de pyromanes identitaires.

Il a besoin de responsables capables de penser l’avenir.

La vraie souveraineté, ce n’est pas de fermer les portes à l’autre. C’est d’être suffisamment fort pour savoir qui entre, pourquoi il entre, dans quelles conditions il reste et comment construire avec lui une société stable et pacifique.

Et si quelqu’un cherche réellement à déstabiliser le Sénégal, l’Afrique de l’Ouest ou le continent africain en exploitant les fractures identitaires, qu’il soit identifié, quel que soit son camp, son statut ou son influence.

C’est cela, la responsabilité d’un État.

 

Boubacar Sèye

 Chercheur-consultant en migrations internationales

 Président-Fondateur d’Horizon Sans Frontières

et de l’observatoire africain contre la xénophobie

Dieyna SENE
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