Politique pénale des enfants : plus de 3 000 enfants incarcérés en 2024, des failles structurelles pointées du doigt

Les chiffres révélés par la Direction de la protection judiciaire et sociale mettent en lumière une réalité préoccupante au Sénégal : le recours massif à la détention des mineurs, souvent faute d’alternatives adaptées.

Au Sénégal, la situation des mineurs en conflit avec la loi continue de susciter de vives inquiétudes. Selon des données révélées par le site de Walf Groupe, 3 345 mineurs ont été arrêtés en 2024, dont plus des trois quarts ont été placés sous mandat de dépôt.

Ces statistiques, relayées par Walf Groupe, ont été présentées par Aïssé Gassama Tall, Directrice générale de la Protection judiciaire et sociale, lors d’un atelier consacré à la mise en œuvre de la politique pénale des enfants en conflit avec la loi, tenu au Centre de formation judiciaire.

Face à un public composé de magistrats, éducateurs et responsables institutionnels, la responsable a dressé un diagnostic sans complaisance d’un système encore loin de respecter pleinement les principes fondamentaux de la justice juvénile. Au-delà des chiffres, elle a mis en avant des facteurs structurels qui expliquent cette situation.

Le premier défi concerne l’insuffisance de centres spécialisés pour la prise en charge des mineurs. Ce déficit d’infrastructures contraint souvent les juges à privilégier la détention provisoire, faute d’alternatives crédibles. Une réalité qui va à l’encontre du principe selon lequel l’incarcération des mineurs doit rester une mesure exceptionnelle.

À cela s’ajoute le manque de magistrats spécialisés dans les affaires impliquant des enfants. Dans un système judiciaire déjà sous tension, cette insuffisance limite la capacité à appliquer de manière homogène une politique adaptée sur l’ensemble du territoire.

Enfin, la faible utilisation des mesures alternatives à la détention constitue un autre point critique. Des dispositifs tels que le suivi éducatif, le placement en famille d’accueil ou la liberté surveillée demeurent largement sous-exploités, en raison notamment du manque de structures opérationnelles et d’une coordination insuffisante entre les acteurs concernés.

Ce constat met en évidence l’urgence de renforcer les mécanismes de protection et d’adapter davantage la réponse judiciaire aux spécificités des mineurs, afin de concilier impératifs de justice et exigences de réinsertion.

Mamadou Nancy Fall
Up Next

Related Posts