Océans et sécurité alimentaire : la FAO alerte sur les défis de durabilité malgré une croissance record

Présenté à Mombasa lors de la Conférence « Notre Océan », le rapport SOFIA 2026 de la FAO révèle une progression sans précédent de la production mondiale de pêche et d’aquaculture. Si le secteur joue un rôle essentiel dans l’alimentation de milliards de personnes, l’organisation met en garde contre les menaces liées au changement climatique et aux inégalités d’accès.

La production mondiale de la pêche et de l’aquaculture a atteint un niveau historique en 2024, selon le rapport SOFIA 2026 publié par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Présenté lors de la 11e Conférence « Notre Océan » organisée à Mombasa, au Kenya, le document fait état d’une production totale de 235 millions de tonnes, dont 195 millions de tonnes d’animaux aquatiques.

Cette performance confirme l’importance stratégique croissante du secteur dans la sécurité alimentaire mondiale. Aujourd’hui, les produits aquatiques fournissent au moins 20 % des protéines animales consommées par plus de 3,1 milliards de personnes.

L’aquaculture devient le moteur de la croissance mondiale

Le rapport souligne que la croissance du secteur repose désormais essentiellement sur l’aquaculture. Pour la première fois, la production aquacole d’animaux aquatiques a dépassé la barre symbolique des 100 millions de tonnes en 2024, atteignant 103 millions de tonnes pour une valeur estimée à 371 milliards de dollars.

L’aquaculture représente désormais 53 % de la production totale d’animaux aquatiques et près de 60 % des produits destinés à l’alimentation humaine.

À l’inverse, la pêche de capture semble avoir atteint un plateau. Les prises se maintiennent entre 86 et 94 millions de tonnes depuis plusieurs décennies, illustrant les limites biologiques de nombreux écosystèmes marins.

Un commerce mondial en pleine expansion

La FAO souligne également l’essor spectaculaire du commerce international des produits aquatiques. En 2024, celui-ci a atteint 184 milliards de dollars, rivalisant désormais avec celui de la viande terrestre.

Plus d’un tiers de la production mondiale fait aujourd’hui l’objet d’échanges internationaux au sein de chaînes d’approvisionnement de plus en plus complexes.

Cependant, les bénéfices de cette croissance demeurent inégalement répartis. Alors que la disponibilité moyenne de produits aquatiques atteint 26,3 kilogrammes par habitant en Asie, elle n’est que de 9,1 kilogrammes en Afrique.

Le défi de la durabilité

La FAO met en garde contre les conséquences du changement climatique, de la dégradation environnementale, des chocs économiques et des tensions géopolitiques.

Selon certaines projections, la biomasse de poissons exploitables pourrait diminuer de plus de 10 % d’ici 2050 dans plusieurs régions du monde si les émissions de gaz à effet de serre restent élevées.

Dans la préface du rapport, le Directeur général de la FAO, Qu Dongyu, insiste sur l’urgence de préserver la santé des océans et des eaux continentales afin de garantir la pérennité du secteur.

À travers sa stratégie de « Transformation bleue », la FAO entend promouvoir une aquaculture durable, renforcer la gouvernance des pêches et soutenir la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée.

Le rapport prévoit néanmoins la poursuite de la croissance mondiale, avec une production totale d’animaux aquatiques qui pourrait atteindre 214 millions de tonnes à l’horizon 2034.

 

Pape Ismaïla CAMARA
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