Mondial 2026:le Sénégal doit aussi préparer son «match fiscal » Par Cheikh Tidiane Bâ

Un article du Guardian attire l’attention sur un sujet que les fédérations africaines ne doivent pas sous-estimer : la FIFA n’aurait pas obtenu des États-Unis une exemption fiscale générale pour toutes les équipes participant à la Coupe du monde 2026.

La conséquence est importante : les fédérations dont les pays n’ont pas de convention fiscale avec les États-Unis pourraient supporter des impôts américains sur certains revenus liés à la compétition.

Or, disons-le : le Sénégal n’a pas de convention fiscale avec les États-Unis.

Cela signifie que la Fédération sénégalaise de football, comme beaucoup d’autres fédérations africaines, devra anticiper le traitement fiscal des primes, indemnités, revenus liés à la participation, rémunérations du staff, avantages pris en charge, remboursements de frais, droits d’image ou flux contractuels rattachés aux matchs joués aux États-Unis.

Le sujet est d’autant plus sérieux que, dans les modèles classiques de conventions fiscales, les sportifs relèvent souvent d’un régime particulier. La logique de l’article 17 du modèle OCDE, reprise dans de nombreuses conventions, est claire : les revenus tirés par un sportif de ses activités personnelles peuvent être imposés dans l’État où la prestation sportive est exercée.

Autrement dit, lorsqu’un joueur évolue aux États-Unis, les États-Unis peuvent revendiquer un droit d’imposition sur les revenus rattachés à cette prestation.

Le cas des joueurs franco-sénégalais ou binationaux mérite également attention. La nationalité n’est pas le seul critère. La résidence fiscale est déterminante.

Si un joueur est résident fiscal français, la convention France–États-Unis peut s’appliquer. Mais cette convention ne supprime pas automatiquement l’impôt américain. Son article 17 prévoit justement que les revenus des sportifs, lorsqu’ils proviennent d’activités exercées dans l’autre État, peuvent y être imposés, sous réserve notamment du seuil prévu par la convention.

Dans ce cas, la France peut ensuite intervenir par le mécanisme d’élimination de la double imposition, notamment par un crédit d’impôt correspondant à l’impôt payé aux États-Unis, dans les limites prévues par la convention.

Le message est donc simple : il ne faut pas découvrir ce sujet après la compétition.

La préparation du Mondial 2026 ne doit pas être seulement sportive, logistique et médicale. Elle doit aussi être fiscale, juridique et financière.

Les Américains disent qu’un homme ne doit avoir que deux certitudes : qu’il va payer ses impôts et qu’il va mourir. C’est dire…

Les Lions doivent gagner sur le terrain.

La Fédération doit éviter de perdre hors du terrain.

Par Cheikh Tidiane Bâ

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