Au moment où la France se trouve à deux doigts de l’état d’urgence à cause des manifestations de samedi dernier sur toute l’étendue du territoire national, notre pays s’apprête à vivre une grève générale aux conséquences imprévisibles. À l’origine, tout semblait pourtant opposer le régime patriotique et souverainiste de Dakar et celui libéral et impérialiste de Paris.
L’élection d’Emmanuel Macron, n’ayant engrangé qu’environ 25% des voix au premier tour lors de la présidentielle de 2017, avait été poussive. Soutenu par d’obscurs lobbies de la finance internationale, il n’avait dû sa victoire finale qu’au « bouclier républicain » contre Marine Le Pen, symbolisant à merveille le rôle d’épouvantail contre « les menaces internes et la montée des extrêmes ». A contrario, Bassirou Diomaye Faye, désigné candidat par Ousmane Sonko, l’homme fort du Pastef, allait être brillamment élu dès le premier tour de l’élection présidentielle de 2024.
Par ailleurs, les nouvelles autorités sénégalaises sous la houlette du duo Sonko-Diomaye ne faisaient pas mystère de leur volonté de s’affranchir définitivement de la tutelle de la métropole, qui elle, déjà rudement secouée par la tempête de l’AES, cherchait à perpétuer ses visées impériales, au prix de quelques arrangements cosmétiques. Nous pouvons citer les exemples du franc CFA rebaptisé ECO et des tentatives de séduction envers la société civile africaine, en s’adressant directement à la jeunesse, aux entrepreneurs et aux acteurs culturels à Montpellier ou à Nairobi.
En tout état de cause, on allait bientôt mettre en évidence une distanciation graduelle, de la part des présidents français et sénégalais, des valeurs sur la base desquelles, ils avaient été portés au pouvoir et des engagements auxquels ils avaient librement souscrit. Cela s’est traduit par un glissement vers le centre droit, remettant fortement en cause leur légitimité initiale.
On a ainsi observé une dérive du parti d’Emmanuel Macron, ancien ministre du gouvernement Hollande, du centre gauche vers le centre droit. Au fil des réformes (retraites, immigration, politiques fiscales), l’équilibre initial du « en même temps » s’est brisé. Le parti a progressivement perdu son aile gauche au profit d’un ancrage plus nettement libéral et conservateur.
Le cas du président Bassirou Faye soumis à l’influence maléfique de certains présidents d’un certain âge, aux multiples mandats et caciques de la Françafrique, est encore plus dramatique. Élu, en effet sur la base d’une plateforme patriotique de refondation institutionnelle, de reddition des comptes et d’amélioration de la gouvernance publique, il a pris l’exact contrepied de ses convictions antérieures. Il finira par limoger son premier ministre et ancien mentor, Ousmane Sonko, qui s’entêtait à vouloir respecter les engagements patriotiques initiaux du Pastef.
Pour parachever leur reconversion au libéralisme pur et dur, les deux présidents avaient besoin d’adapter leurs appareils politiques à leurs nouvelles trajectoires politiques. C’est ainsi que le mouvement « En Marche » du président Macron, qui se voulait transpartisan et agile se métamorphosa progressivement en parti traditionnel et bureaucratisé, alors que le président sénégalais, après avoir perdu les batailles de légitimité et de représentativité au sein de Pastef et Diomaye-Président; créait Kiiraay, une nouvelle formation politique. La structuration verticale de cette nouvelle entité constituée de quelques transfuges du Pastef et de maires provenant de la défunte majorité APR laisse augurer de difficultés d’ancrage au niveau local, comme celles dont a souffert le parti macroniste en France.
Cerise sur le gâteau : les partis des deux compères « françafricains » souffraient d’une personnalisation extrême découlant très certainement de l’absence d’un socle idéologique clairement identifié.
Les reniements des deux Chefs d’Etat ont conduit à un parti pris flagrant en faveur des puissances d’argent et ont abouti à des situations de tension dans les deux pays, Mais nul doute que les forces de gauche en France ainsi que le camp patriotique sénégalais et ses alliés progressistes n’ont nullement l’intention de se laisser faire !
Les jours des deux présidents « réactionnaires » au pouvoir sont désormais comptés !
Mamadou Lamine Ly

