En ce 4 avril, jour solennel marquant la 66ème édition de notre fête nationale, la ville de Thiès, terre symbolique du Cayor, est le cœur battant de la République. Au centre de cette ferveur, la Place du Président Mamadou DIA accueille la tribune officielle. J’éprouve une fierté et une émotion toutes particulières en ce lieu, cette place que le Conseil de Ville a eu la clairvoyance de baptiser ainsi sous mon magistère, en 2015. Ce geste fort visait à magnifier à jamais cette éminente personnalité de notre région et de notre pays, grand artisan de cette indépendance dont nous célébrons aujourd’hui l’héritage.
C’est précisément au-dessus de cette place chargée d’histoire que le ciel de Thiès s’est déchiré sous le vrombissement de la formation aérienne ouvrant magistralement notre défilé. Son nom : « Malaw ».
Ce nom, à lui seul, fait frissonner l’âme sénégalaise. Il convoque le souffle épique du Damel Lat Dior Ngoné Latyr Diop et la noblesse de son fidèle destrier. Face à la redoutable machine coloniale du 19ème siècle, le héros national avait jeté ce serment indélébile, cri de ralliement de notre refus : « Malaw du gis rail bi » (Malaw ne verra jamais les rails). À l’époque, ce chemin de fer n’était pas une promesse de progrès ; il était l’instrument froid de la pénétration impérialiste, la chaîne de fer destinée à l’asservissement de nos terres.
Pourtant, aujourd’hui, dans le firmament de la capitale du rail, Malaw a vu les rails. Survolant la tribune où plane l’esprit d’indépendance du Président Mamadou Dia, nos aéronefs, unis dans cette formation immortelle, ont croisé nos voies ferrées.
Faut-il y voir le reniement de la prophétie du Damel ? Non. C’est l’éclatant triomphe d’une nation debout.
Cette réappropriation ne s’est pas faite sans heurts ni sacrifices. Si le rail est devenu nôtre, c’est parce que Thiès a toujours été le creuset des grandes luttes émancipatrices. Sur ces mêmes rails a retenti la clameur historique des vaillantes grèves de cheminots, forgeant la conscience ouvrière et anticoloniale de tout un continent. C’est ici, sur cette terre rebelle et visionnaire, qu’a éclos le Manifeste du Parti Africain de l’Indépendance (PAI). L’histoire de notre souveraineté s’est écrite ici, dans la sueur des travailleurs et la noblesse des luttes sociales.
Aujourd’hui, à l’heure où le « Malaw » d’acier fend les cieux, Thiès, forte de son héritage, doit plus que jamais être le point de départ de « l’envol des rails ». Les voies qui traversent notre ville pour innerver le Sénégal et la sous-région sont les leviers incontournables de notre bataille pour le développement.
Mais ce grand envol vers la modernité ne saurait être complet sans un impérieux devoir de mémoire et de solidarité. En ce jour de célébration de la Nation, un acte de haute portée serait de se souvenir, avec gratitude et dignité, de nos cheminots retraités. Ces sentinelles infatigables ont donné leur jeunesse, leur sueur et leurs forces pour maintenir en vie cette artère ferroviaire. Ils sont les forçats de notre liberté économique et méritent la reconnaissance éternelle de la République.
Que la beauté foudroyante de ces images, liant le ciel et la terre, le passé et l’avenir, fouette notre esprit patriotique. Qu’elle nous rappelle que l’indépendance est un édifice continu, que nous devons consolider, ensemble, sur les rails de l’émergence.
Vive la République,
Vive les Forces Armées,
Vive le Sénégal !
Talla Sylla

