Le pouvoir en plainte permanente Par Babou Biram Faye

Il arrive un moment où les mots d’un dirigeant finissent par le rattraper. Avec Ousmane Sonko, ce moment semble arrivé. Il nous avait promis la rupture, l’autorité, la maîtrise. Il nous avait annoncé un changement radical, une nouvelle manière de gouverner, une révolution institutionnelle et morale. Mais, que retient-on aujourd’hui ? «Qu’on me laisse gouverner», «Le pays manque d’autorité», «Je suis le Premier ministre le moins outillé»…..

Ces phrases ne viennent pas de l’opposition. Elles viennent du sommet même de l’exécutif.

Comment peut-on être au cœur du pouvoir et demander qu’on te laisse gouverner ? Qui empêche qui ? Lorsqu’un Premier ministre affirme qu’il est «le moins outillé», il soulève une interrogation vertigineuse : pourquoi accepter la charge si les moyens ne sont pas là ? Et si ces moyens font défaut, pourquoi ne pas les imposer par l’autorité que confère la fonction ? Le pouvoir n’est pas une plainte. Le pouvoir est une décision.

Affirmer que «le pays manque d’autorité», c’est reconnaître, implicitement, que cette autorité n’est pas exercée. Or, qui incarne aujourd’hui, l’exécutif ? L’autorité ne se proclame pas dans un discours. Elle s’impose par la cohérence des actes et la constance des décisions.

Un chef de gouvernement qui explique que l’autorité manque, donne l’image d’un homme d’État hésitant. Et un homme d’État hésitant inquiète les investisseurs, trouble les entrepreneurs, intrigue les partenaires financiers et fragilise la confiance des citoyens.

Pendant que l’on parle d’entraves et de blocages, l’économie, elle, n’attend pas. Les Petites et Moyennes Entreprises (PME) réclament des mesures fiscales claires et stables. Les jeunes attendent des emplois concrets, pas des promesses récurrentes. Les investisseurs scrutent la sécurité juridique et la lisibilité des règles. Or, le message envoyé par Sonko demeure ambigu: Il annonce des renégociations massives de contrats stratégiques, évoque des ruptures radicales, entretient une incertitude sur le cadre réglementaire.

Dans une économie ouverte, l’incertitude est un poison silencieux. Elle ralentit l’investissement, freine les projets et retarde les décisions. La souveraineté ne peut pas être une improvisation, ni un slogan permanent. Elle doit être planifiée, chiffrée, exécutée.

En campagne électorale, dénoncer est efficace. Au pouvoir, dénoncer devient un aveu d’impuissance. Lorsqu’un responsable affirme «qu’on me laisse gouverner», il reconnaît, implicitement, une difficulté à exercer, pleinement, son autorité. Mais, gouverner, c’est, précisément, surmonter les résistances, arbitrer, imposer des choix, assumer les conséquences. Ce n’est pas se victimiser, improviser des lives qui font, plutôt, apparaître des ressentiments. Commenter les obstacles, c’est les dépasser.

Le mot est dur, mais, il s’impose dans le débat public : arnaque symbolique. Non pas une fraude matérielle, mais, une promesse historique non tenue.

Sonko promet une révolution structurée et il offre une rhétorique de justification. Il promet une autorité nouvelle et il décrit un pays qui manquerait d’autorité. Il promet une capacité exceptionnelle et il se présente comme « le moins outillé ».

À ce niveau de responsabilité, le discours devient un révélateur.

Le peuple peut comprendre les contraintes budgétaires. Il peut accepter des lenteurs administratives. Il peut patienter face aux difficultés structurelles. Mais, il se lasse des explications répétées.

À force de parler d’obstacles, on finit par incarner l’obstacle, lui-même.

La révolution annoncée devait être une démonstration de maîtrise ; elle donne, aujourd’hui, l’image d’une gestion défensive.

Le Sénégal a besoin d’un pouvoir en action, pas d’un pouvoir en justification permanente. La colère a ouvert les portes du pouvoir ; seule la compétence pourra les maintenir ouvertes. Et l’histoire, implacable, ne retient ni les excuses, ni les lamentations. Elle retient les résultats.

Excellente semaine à tous.

BBF

Dieyna SENE
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