L’alliance Des Revenants Ou La Saison Des Amnésiques Par Khady Gadiaga

 

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L’étoile Et La Cité – Université de l’Hivernage  Amphi du Débat citoyen et de la Révolution du Discernement

Module 8 : Cartographie de l’Échiquier Politique – Acteurs, Forces systémiques et Alliances de survie

L’esprit du module : Ce module n’analyse plus les textes de lois ou les décrets (le contenant), mais l’environnement réel (le contenu).

Il passe au scalpel les partis prenantes, les réseaux d’influence, les basculements d’alliances et la sociologie des acteurs politiques sénégalais.

Chronique 1 : L’Alliance des revenants ou la Saison des Amnésiques

Bienvenue au grand bal des miraculés.

Sous le ciel lourd de la politique sénégalaise, une photographie vient de bousculer toutes les lois de la gravité, de la logique et de la décence. Une coalition inédite — baptisée pour la circonstance AARTU/C2D — vient de publier un communiqué. Sur le papier, ils nous parlent d’éthique, de transparence et de salut républicain. Mais lorsqu’on baisse les yeux pour lire la liste des signataires, le vertige nous prend. Ce n’est plus de la politique, c’est de la nécromancie.

Le banquet des bourreaux et des victimes

Regardez attentivement cette table ronde où s’assoient, côte à côte, les acteurs du plus grand mélo-drame politique de la dernière décennie.

D’un côté, Macky Sall, l’ancien maître du jeu, celui qui a passé douze ans à théoriser la «traque des biens mal acquis » et à dessiner les plans de la cellule de Karim Wade.

De l’autre côté, le même Karim Wade, autrefois banni, jugé par une cour spéciale, gracié au milieu de la nuit, puis exilé sous les dorures du Qatar. Pendant dix ans, leurs partis respectifs se sont voué une haine quasi-religieuse, s’accusant mutuellement de haute trahison et de pillage des caisses de l’État.

Aujourd’hui ? Ils signent la même pétition pour expliquer au peuple ce qu’est la « bonne

gouvernance ». C’est l’équivalent politique de voir le chat et la souris cosigner un manifeste pour la protection du fromage.

Le vaudeville des juges corrompus et des parjures

Mais le buffet de la flagornerie ne s’arrête pas là. Entrez, Amadou Ba et Thierno Alassane Sall.Il y a à peine deux ans, en pleine tempête électorale, le camp de Karim Wade accusait Amadou Ba d’avoir activement corrompu des juges du Conseil constitutionnel pour faire invalider sa candidature.

Au même moment, Thierno Alassane Sall sortait de sa poche le décret de la discorde, accusant Karim Wade de « parjure » pour avoir dissimulé sa double nationalité franco-sénégalaise. C’était l’époque des invectives sanglantes, des complots de couloir et des accusations de haute trahison.

Aujourd’hui, par un miracle que seule la faune politique sénégalaise sait produire, ces trois hommes partagent le même stylo, la même encre et le même micro. Les insulteurs d’hier sont devenus les choristes d’aujourd’hui, entonnant en chœur le cantique de la démocratie menacée.

Le syndicat des déchus contre la « Rupture »

Pour l’étudiant ou le citoyen adepte du discernement, cette alliance n’est pas un sursaut patriotique : c’est un cartel de survie.

Ceux qui ont tenu les rênes du pouvoir, ceux qui ont géré les budgets, ceux qui ont construit, verrouillé et parfois abîmé le système se retrouvent aujourd’hui orphelins de leurs privilèges.

Face à la vague de la rupture, les querelles d’ego et les rancœurs du passé ont été instantanément dissoutes dans l’acide de l’intérêt immédiat.

Ce n’est plus une coalition de convictions, c’est une mutuelle de l’amnésie. Ils se lavent de leurs péchés réciproques dans le même lavabo. On efface l’exil, on oublie la CREI, on enterre les accusations de corruption de juges. Tout cela est balayé sous le tapis pour former un front commun des anciens maîtres du Sénégal.

La privatisation de l’histoire

Le plus piquant dans cette comédie reste la disparition des militants de base au profit des intérêts dynastiques. Des partis historiques, construits sur des décennies de luttes syndicales et de sacrifices militants, se retrouvent engagés dans des signatures nocturnes par la seule volonté de leaders à distance, parfois installés à des milliers de kilomètres du pays. Le patrimoine politique est traité comme une marque déposée, un fonds de commerce que l’on loue ou que l’on vend au gré des alliances de couloir.

En conclusion : Le discernement contre le spectacle

La leçon de cette photographie est limpide : en politique, les principes sont des variables d’ajustement, et les ennemis jurés ne sont que des alliés en phase d’incubation.

Face à ce cartel de flagorneurs qui tente de se refaire une virginité républicaine, la «Révolution du Discernement » impose de ne pas écouter la musique, mais de regarder qui tient l’instrument.

On ne peut pas prétendre guérir la République avec le venin qui l’a affaiblie. Le grand théâtre des amnésiques a commencé, mais le public sénégalais, lui, n’a pas perdu la mémoire.

K.G 29 août 2026

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