Grève Des Transporteurs : *Un Pays À L’arrêt, Une Nation Sous Pression* Babou Biram Faye*

Dix jours. Dix jours de paralysie progressive. Dix jours qui révèlent, avec brutalité, une vérité que l’on refuse trop souvent de regarder en face : le Sénégal ne roule pas… il survit au rythme de ses transports.

Et lorsque les transporteurs s’arrêtent, c’est toute la nation qui vacille.

Ce qui se passe aujourd’hui dépasse largement une simple revendication sectorielle. C’est une crise systémique. Une crise qui touche le cœur battant de l’économie réelle : celle des marchés, des champs, des routes, des hommes et des femmes qui vivent du quotidien.

Dans le secteur des transports, le chaos est visible, presque palpable. Les tarifs ont explosé. Parfois doublé. Se déplacer devient un luxe. Dans l’intérieur du pays, c’est pire : c’est l’isolement pur et simple. Le Sénégal profond est coupé du Sénégal utile.

Pendant ce temps, dans le secteur des hydrocarbures, les stations-service tournent au ralenti. Moins de circulation, moins de consommation, moins de revenus. Une économie sous perfusion qui voit ses artères se boucher progressivement.

Mais c’est dans les champs que le drame est le plus silencieux… et le plus cruel.

Les tomates pourrissent. Les oignons s’abîment. Les légumes verts disparaissent avant même d’atteindre les marchés.

Toute une chaîne de valeur qui s’effondre sous nos yeux : producteurs ruinés, intermédiaires bloqués, consommateurs pénalisés.

L’élevage, lui aussi, suffoque.

Les marchés hebdomadaires, ces loumeu qui font vivre des milliers de familles, sont à l’arrêt. Résultat : les prix du bétail flambent. Et derrière, c’est le prix de la viande qui suit. Encore une fois, c’est le citoyen qui paie. Toujours.

Et comme si cela ne suffisait pas, la crise s’étend au secteur de l’aliment de bétail.

Les prix explosent, les stocks disparaissent.

Le sac de foin devient un produit rare. Le maïs, le son de blé, le corail… tout augmente.

C’est une bombe à retardement pour l’élevage national.

Même le sport n’est pas épargné.

Les quarts de finale de la Coupe du Sénégal annulés.

Quand le football s’arrête dans un pays comme le nôtre, ce n’est jamais anodin. C’est le signe que la crise est profonde.

La vie religieuse, elle aussi, est touchée.

Les fidèles chrétiens ont vécu des fêtes de Pâques dans la difficulté. Et déjà, les inquiétudes montent pour des événements majeurs comme le Daaka de Médina Gounass ou la ziarra de Tivaouane.

Quand les routes se ferment, c’est aussi la spiritualité qui se retrouve entravée. Et que dire du secteur de la santé ?.Des patients qui ratent leurs rendez-vous. Des malades qui ne peuvent pas se déplacer. Des vies mises en danger… pour une question de transport. Voilà la réalité.

Une grève qui révèle une dépendance structurelle, presque dangereuse. Il faut le dire clairement : le Sénégal ne se limite pas à Dakar. Oui, la capitale dispose du TER, du BRT, des taxis… Mais, dans le reste du pays ?

Ce sont les transporteurs, surtout avec « les horaires »,.qui tiennent la République debout.

Aujourd’hui, leur arrêt expose une fracture territoriale inquiétante. Et demain ?

Demain, ce sera la reprise des cours. Des étudiants bloqués. Des élèves en difficulté.

Un système éducatif encore perturbé. Alors posons les vraies questions : Avons-nous anticipé cette crise ? Avons-nous diversifié nos moyens de transport ? Avons-nous, réellement, intégré l’équité territoriale dans nos politiques publiques ? Ou continuons-nous à gérer dans l’urgence… jusqu’à la prochaine crise ?

Cette grève est un signal. Un avertissement. Elle nous dit que notre modèle est fragile.

Que notre organisation territoriale est déséquilibrée. Et que notre économie repose encore trop sur des circuits précaires.

Alors on fait quoi ? On attend ?

On subit ? On improvise encore ? Ou enfin…

on prend des décisions structurelles ?

Parce que ce qui est en jeu, ce n’est pas une grève. C’est la solidité de notre État.

C’est la cohésion de notre territoire. C’est la dignité des Sénégalais.

Un pays qui ne circule pas…n’est pas seulement bloqué. Il est en danger.

Il ne s’agit pas seulement de négocier une sortie de crise. Il s’agit de repenser, en profondeur, notre système de transport, notre logistique nationale, notre aménagement du territoire.

Parce qu’un pays qui ne circule pas… est un pays qui recule. Un pays qui ne circule pas…n’est pas seulement bloqué. Il est en danger.

*BBF*

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Dieyna SENE
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