Fonds d’aide à la presse : journalistes convoqués, éditeurs en colère et zones d’ombre persistantes, la promesse de transparence mise à l’épreuve

La gestion du Fonds d’appui et de développement de la presse (FADP) suscite une vive controverse au Sénégal. Entre convocations de journalistes et absence de publication officielle des bénéficiaires, le débat sur la transparence refait surface.

La polémique autour de la gestion du Fonds d’appui et de développement de la presse (FADP) prend une nouvelle tournure avec la convocation du journaliste Ibrahima Lissa Faye à la Sûreté urbaine. Cette audition, consécutive à des déclarations sur la répartition des fonds publics, relance le débat sur la transparence dans le secteur des médias.

Pourtant, en août 2024, le ministre de la Communication défendait la divulgation des aides publiques au nom du principe de « jub, jubal, jubanti ». Une position saluée par une partie des acteurs du secteur, au motif qu’il s’agit de ressources publiques.

Mais plus de 19 mois après, la promesse de transparence semble en suspens. Malgré les demandes répétées, la liste des bénéficiaires du FADP n’a toujours pas été publiée, alimentant suspicions et tensions.

Le président de l’Association des éditeurs et professionnels de la presse en ligne (APPEL), Ibrahima Lissa Faye, dénonce une gestion qu’il juge opaque et injuste. Après son audition, il a maintenu ses déclarations, affirmant qu’aucune intimidation ne le fera taire.

La réaction du Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal (CDEPS) ne s’est pas fait attendre. L’organisation parle d’une gestion « scandaleuse et illégale » et rappelle que la critique de l’utilisation des fonds publics relève pleinement de la liberté d’expression.

Selon les chiffres avancés par le CDEPS, sur un budget global de 1,9 milliard de FCFA, plus de 42 % auraient été attribués aux médias publics et structures de gouvernance, alors que ces entités bénéficient déjà de financements étatiques. Une situation qui soulève des interrogations sur l’équité de la répartition.

Autre point de discorde : l’allocation de près de 40 millions FCFA à la Maison de la presse, jugée juridiquement contestable par les professionnels du secteur.

Par ailleurs, plusieurs grands groupes de presse privés n’auraient reçu aucun financement, tandis que d’autres médias émergents ont bénéficié d’appuis significatifs. Cette redistribution alimente les soupçons de traitement inéquitable.

Face à cette situation, les acteurs exigent la publication complète des bénéficiaires, un audit indépendant et une réforme du mécanisme d’attribution. Pour le CDEPS, il en va de la survie économique de la presse privée et de l’équilibre démocratique.

Mamadou Nancy Fall
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