Enquêtes parlementaires : Bachir Kanouté plaide pour un contrôle public au service de la bonne gouvernance

L’initiative du Parlement sénégalais d’organiser des auditions de gestionnaires de portefeuilles publics peut contribuer à renforcer la transparence, la reddition des comptes et la confiance des citoyens dans les institutions. Dans une tribune, Bachir Kanouté, de l’Observatoire international de la démocratie participative en Afrique (OIDP Afrique), appelle à inscrire cette démarche dans une dynamique durable de gouvernement ouvert.

Les commissions parlementaires chargées d’auditionner les responsables de la gestion des ressources publiques ne devraient pas être considérées comme un simple exercice de contrôle institutionnel. Pour Bachir Kanouté, cette initiative représente une occasion de consolider la bonne gouvernance et de rapprocher davantage l’action publique des attentes des citoyens.

Dans son analyse, l’acteur de la gouvernance participative rappelle que la transparence ne peut produire pleinement ses effets sans des mécanismes effectifs de contrôle, d’explication et de reddition des comptes. Les responsables publics doivent pouvoir rendre compte de leurs décisions, de l’utilisation des ressources mobilisées et des résultats obtenus.

Cette démarche s’inscrit, selon lui, dans la logique du Partenariat pour un gouvernement ouvert (PGO), lancé en septembre 2011 et auquel le Sénégal a adhéré en juillet 2018. Cette initiative internationale promeut notamment l’accès à l’information, la participation citoyenne, la transparence de l’action publique et la responsabilité des institutions.

Le Sénégal a, au fil des années, engagé plusieurs réformes et initiatives participant à cette dynamique. Bachir Kanouté cite notamment les dispositifs de lutte contre la corruption, le budget-programme, l’adhésion à l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), la participation au Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), ainsi que les mécanismes liés à la gouvernance du secteur pétrolier et gazier et au contenu local. Il évoque également l’élargissement des prérogatives de l’Assemblée nationale en matière de contrôle de l’action gouvernementale et d’évaluation des politiques publiques.

Toutefois, les textes et les dispositifs institutionnels ne suffisent pas, estime-t-il, à garantir une gouvernance ouverte. Encore faut-il que les engagements se traduisent dans les pratiques quotidiennes de gestion des affaires publiques. Les auditions parlementaires peuvent précisément contribuer à vérifier si les moyens engagés correspondent aux objectifs annoncés, à identifier les difficultés rencontrées et à apprécier les effets des politiques sur les populations.

Un contrôle tourné vers les résultats

Pour Bachir Kanouté, l’intérêt de ces auditions ne réside pas uniquement dans la détection d’éventuelles irrégularités. Elles peuvent également permettre de mieux comprendre les obstacles administratifs, financiers ou opérationnels qui freinent l’exécution des programmes publics. Les travaux des commissions devraient ainsi favoriser l’identification de mesures correctives et le suivi de leur mise en œuvre.

L’auteur inscrit cette perspective dans le prolongement des Assises africaines du gouvernement ouvert, tenues en mai 2026 à Rabat, au Maroc, auxquelles le Parlement sénégalais a participé. Les recommandations issues de cette rencontre ont notamment mis l’accent sur l’engagement des parlements, la transparence de leurs travaux et l’ouverture des mécanismes de supervision à la participation du public.

Dans cette optique, la retransmission publique des auditions, la publication des comptes rendus et des conclusions, ainsi que la possibilité pour les organisations de la société civile et les citoyens de contribuer aux sujets examinés, pourraient renforcer la portée démocratique de l’initiative. L’objectif serait de rendre les procédures de contrôle plus accessibles et de permettre au public de mieux comprendre les décisions et les résultats de l’action publique.

L’auteur insiste cependant sur la nécessité de préserver une approche constructive. Les auditions ne devraient pas systématiquement se transformer en exercices de mise en accusation, mais constituer des espaces où les responsables expliquent leurs choix, justifient leur gestion et prennent, si nécessaire, des engagements d’amélioration.

Des recommandations à traduire en actes

La réussite de cette démarche dépendra également de la qualité de sa préparation. Bachir Kanouté préconise des auditions fondées sur des objectifs précis, des données vérifiables et des indicateurs permettant d’apprécier les résultats obtenus. Le suivi des recommandations apparaît tout aussi déterminant : les constats formulés doivent déboucher sur des améliorations concrètes des procédures, une clarification des responsabilités ou un renforcement des dispositifs de contrôle.

L’enjeu est d’éviter que les auditions ne se limitent à des révélations ponctuelles ou à leur retentissement médiatique. Leur utilité doit aussi se mesurer à leur capacité à tirer des enseignements des dysfonctionnements constatés et à améliorer durablement la gestion publique.

En conclusion, Bachir Kanouté considère que le Parlement peut jouer un rôle décisif dans la consolidation du gouvernement ouvert au Sénégal. Pour lui, l’initiative ne prendra toute sa valeur que si elle devient une pratique institutionnelle régulière, associant transparence, contrôle démocratique et suivi effectif des engagements. Il souligne enfin que les enquêtes et auditions doivent aboutir à des rapports transmis au pouvoir judiciaire pour les suites appropriées, tout en privilégiant une véritable pédagogie de la gouvernance publique.

Michel DIEYE

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Michel DIEYE

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