Plusieurs familles sénégalaises disent vivre dans l’angoisse depuis l’arrestation et la condamnation de leurs proches au Maroc dans des affaires liées à l’émigration irrégulière. Réunies au sein d’un collectif, elles sollicitent l’intervention des autorités sénégalaises pour obtenir le transfèrement des détenus vers le Sénégal et, pour certaines, une assistance dans les démarches judiciaires et consulaires.
Des familles sénégalaises vivent depuis plusieurs années au rythme des nouvelles, souvent rares, en provenance des prisons marocaines. Leurs proches, arrêtés dans le cadre de tentatives de rejoindre l’Espagne, ont été condamnés à de lourdes peines, allant de plusieurs années de prison jusqu’à la réclusion à perpétuité selon les témoignages recueillis.
Dans un dossier consacré à cette situation, Quotidien Libération rapporte les témoignages de plusieurs familles regroupées en collectif. Elles demandent notamment aux autorités sénégalaises d’intervenir auprès du Maroc afin de permettre le transfèrement des détenus vers leur pays d’origine.
Seynabou Dieng raconte ainsi que son mari, Assane Gaye, et le jeune frère de celui-ci, Moussa Fall, sont détenus au Maroc depuis environ deux ans. Tous deux auraient été arrêtés le même jour alors qu’ils tentaient d’émigrer clandestinement. Selon son témoignage rapporté par Quotidien Libération, ils ont été condamnés à la perpétuité et leurs recours n’auraient pas permis d’obtenir une réduction de peine.
La situation familiale est particulièrement difficile pour Seynabou Dieng, qui indique avoir cinq enfants à sa charge. Elle dit souhaiter avant tout le retour de son mari et de son beau-frère au Sénégal, estimant qu’à défaut d’une libération, leur transfèrement permettrait au moins aux familles de renouer avec leurs proches.
Des peines de dix ans et des demandes de transfèrement
Le cas de Mohamed Niang, arrêté au Maroc le 9 octobre 2023, illustre également les inquiétudes du collectif. Sa mère, Ndèye Khady Sow, affirme que son fils, né en 1999, a été condamné à dix ans de prison ferme pour tentative de traversée clandestine.
Elle indique que plusieurs correspondances ont été adressées aux autorités sénégalaises, notamment au président de la République, à l’Assemblée nationale et au ministère des Affaires étrangères. Son souhait, rapporte Quotidien Libération, est que la convention judiciaire entre le Sénégal et le Maroc soit appliquée afin de permettre le transfert des détenus sénégalais vers leur pays.
Les familles évoquent également les difficultés financières liées aux procédures et à certaines demandes de paiement. Ndèye Khady Sow fait notamment état de sommes pouvant atteindre deux à trois millions de francs CFA, que certaines familles affirment ne pas pouvoir réunir.
À Kaolack, Idrissa Thiam raconte pour sa part le cas de son neveu, El Hadji Maguette Guèye, condamné à dix ans de prison après avoir été accusé d’être convoyeur. Il affirme que le jeune homme avait aidé à réparer le moteur de la pirogue avant son interception par les garde-côtes marocains.
Un collectif de plus de 80 familles
À Rufisque, Adama Mbengue, président du collectif des parents de détenus sénégalais au Maroc, affirme que l’organisation regroupe plus de 80 familles. Son propre fils, le lutteur Amanekh II, aurait été condamné à dix ans de prison après avoir tenté de rejoindre l’Espagne depuis le Maroc.
Selon son témoignage rapporté par Quotidien Libération, plusieurs jeunes Sénégalais seraient actuellement condamnés à des peines allant de cinq à trente ans, voire à la perpétuité dans certains cas.
Les familles dénoncent une situation qu’elles jugent particulièrement éprouvante et appellent l’État sénégalais à prendre des initiatives auprès des autorités marocaines.
D’autres témoignages viennent renforcer ce cri d’alarme. Rouguiatou Baldé raconte notamment avoir passé près d’une année sans nouvelles de son frère Mohamed Diop, avant de découvrir qu’il était incarcéré dans une prison marocaine. De son côté, Fatou Sène affirme que son fils vient d’être condamné à dix ans de prison.
Au-delà des cas individuels, Quotidien Libération met ainsi en lumière la détresse d’un ensemble de familles qui réclament une intervention des pouvoirs publics. Leur principale demande porte sur le transfèrement de leurs proches au Sénégal, dans le cadre de la convention judiciaire évoquée par plusieurs témoignages.

