Edition 2026: Le programme de la CEDEAO pour les startups suscite un intérêt croissant Par Paul Ejime

Lancé en 2021 pour valoriser et favoriser le développement à grande échelle de startups à fort impact — tout en stimulant l’innovation, l’entrepreneuriat numérique et l’intégration économique régionale —, le programme de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) dédié aux startups continue de susciter un vif intérêt. Il a enregistré environ 9 000 candidatures et sélectionné 60 finalistes issus de 12 États membres pour concourir aux prix principaux de l’édition 2026.

Organisé par la Commission de la CEDEAO, par l’intermédiaire de sa Direction du secteur privé et de l’industrie, et mis en œuvre conjointement par l’Alliance panafricaine des petites et moyennes industries (PAOSMI) et les Agences de promotion des investissements des États d’Afrique de l’Ouest (IPAWAS), ce programme met en lumière des solutions locales capables de transformer les entreprises, de créer des opportunités et d’accélérer l’intégration régionale.

Outre la dotation globale de 65 000 dollars américains en jeu pour cette deuxième édition — placée sous le thème « Passer à l’échelle supérieure pour les startups ouest-africaines : transformation numérique, intégration régionale et développement d’écosystèmes de chaînes de valeur durables pour favoriser l’accès au marché » —, les trois premiers lauréats pourraient également générer cinq millions de dollars d’opportunités d’investissement grâce à l’espace de rencontres d’affaires (« deal room »).

HubPharm Africa, une entreprise nigériane spécialisée dans l’innovation en santé, a remporté le premier prix de 30 000 dollars lors de la cérémonie de remise des prix, organisée du 21 au 30 septembre à Abuja, au Nigeria. L’entreprise sénégalaise Gaynako a décroché la deuxième place et une récompense de 20 000 dollars, tandis que la société ivoirienne My Opinion a reçu 15 000 dollars pour sa troisième place.

Muhammad Marong (Gambie) et Afrikan Coders (Cabo Verde) complètent le groupe des cinq finalistes.

La première édition de ce concours, organisée à Niamey (Niger) en 2021, avait enregistré 55 candidatures provenant de 11 États membres ; l’Ivoirien Olivier Biley s’était alors distingué en remportant le premier prix grâce à son « ingéniosité dans la numérisation de l’agriculture via la création d’un écosystème complet et intégré utilisant des drones ».

Le programme de cette année comprenait des masterclasses virtuelles, des sessions de pitch dynamiques et des expositions, entre autres activités, mettant en relation des startups avec des investisseurs, des chefs d’entreprise et des partenaires de développement dans six secteurs stratégiques : la FinTech, la HealthTech, l’AgriTech et les systèmes alimentaires, l’EdTech et le développement des compétences, ainsi que la CleanTech. Les autres secteurs concernés sont le climat et l’innovation verte, ainsi que le tourisme, l’hôtellerie et les technologies du voyage (Travel Tech).

Lors de l’ouverture de l’événement, le sénateur John Owan Enoh, ministre d’État nigérian chargé de l’Industrie, a souligné que « la viabilité à long terme des entreprises dépendra de leur capacité à renforcer leurs capacités de production, à créer des emplois de qualité, à accéder à de nouveaux marchés, à respecter les normes en vigueur et à rester compétitives dans la durée ».

En remettant le trophée et les chèques au nom du président de la Commission de la CEDEAO, le commissaire aux Affaires économiques et à l’Agriculture, Dehpue Zuo, a déclaré que ces prix « représentaient bien plus qu’une simple compétition financière », ajoutant : « Chaque lauréat a une histoire unique… »

Dans son allocution de bienvenue, l’ambassadeur Gautier Mignot, chef de la délégation de l’UE auprès du Nigeria et de la CEDEAO, a souligné que « les efforts d’intégration de la CEDEAO et la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) offrent un cadre important pour élargir les marchés, réduire les barrières et créer de nouvelles opportunités pour les entreprises africaines, y compris les startups et les PME ».

« Cela s’inscrit parfaitement dans le partenariat entre l’Union européenne et la CEDEAO. Aux startups qui participent aujourd’hui, je tiens à dire clairement : l’Union européenne ne vous considère pas simplement comme des bénéficiaires de programmes. Nous vous considérons comme des partenaires de la transformation économique de l’Afrique de l’Ouest », a déclaré le haut responsable de l’UE.

Il a réaffirmé l’engagement de l’Union européenne à « soutenir la CEDEAO et ses États membres dans le renforcement des conditions propices à l’essor de l’entrepreneuriat. Cela inclut un soutien à la compétitivité, au commerce, à la transformation numérique et à un environnement plus favorable au développement des entreprises, ainsi qu’aux cadres politiques et institutionnels aidant ces dernières à passer du stade de l’idée à celui de l’immatriculation, puis de la croissance et de l’expansion, tant au sein de la région qu’au-delà. »

Le Dr Mark Mattner, coordinateur du pôle CEDEAO à la GIZ (Nigeria et CEDEAO), a salué les progrès réalisés par la Commission de la CEDEAO dans la mise en œuvre de la Vision 2050 de l’organisation et a félicité les 60 startups sélectionnées parmi plus de 9 000 candidatures.

« La portée de ces prix dépasse la simple reconnaissance d’entreprises individuelles prometteuses », a-t-il déclaré, citant une étude de 2022 menée par la Commission de l’Union africaine et l’OCDE (avec le concours de l’ITC), selon laquelle 91 % des places de marché transactionnelles étudiées en Afrique opéraient uniquement à l’échelle nationale. En d’autres termes, des entreprises innovantes peuvent émerger localement sans pour autant devenir des entreprises d’envergure régionale.

Le Dr Mattner a félicité la CEDEAO pour l’adoption d’« éléments clés » visant à améliorer le commerce des services en Afrique de l’Ouest, notamment le Code commun des investissements (ECOWIC). Il a souligné que, sous l’égide de la Commission de la CEDEAO, « la GIZ soutient cette initiative par le biais du Programme pour le commerce des services en Afrique de l’Ouest, cofinancé par l’Union européenne et le BMZ » (le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement).

Natasha Akioye, coordinatrice nationale pour le Centre du commerce international (ITC) au Nigeria, a déclaré que le Centre, en tant qu’organisme conjoint de coopération technique des Nations Unies et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), avait « noué un partenariat solide et de longue date avec la Commission de la CEDEAO ».

Dans son allocution de bienvenue, Peter Oluonye, ​​directeur par intérim chargé du secteur privé et de l’industrie à la CEDEAO, a informé les lauréats que la Commission suivrait la manière dont ils utiliseraient les fonds reçus.

« Nous vous avons remis des chèques, mais nous allons assurer le suivi de l’utilisation de ces fonds », a-t-il déclaré, avant de présenter trois initiatives destinées à soutenir les startups au-delà de la remise des prix.

Il s’agit de l’Académie de développement du secteur privé de la CEDEAO, une plateforme d’apprentissage en ligne visant à former les startups aux compétences managériales, à la préparation aux relations avec les investisseurs et aux techniques de levée de fonds ; du Réseau des startups de la CEDEAO ; ainsi que de l’accès au financement, au capital-risque et au réseau d’investisseurs.

Il a remercié les partenaires, notamment la GIZ, l’ITC, Ecobank et les pôles d’innovation qui ont soutenu ce concours.

Mme Tope Kareem, cofondatrice et directrice générale de HubPharm Africa, a indiqué que le concours lui avait ouvert des portes vers des partenariats et des investisseurs. Elle a affirmé : « Nous (chez HubPharm) pouvons être présents grâce à la collaboration et aux partenariats », ajoutant : « Hier, je discutais avec une collègue d’une startup guinéenne et je vois clairement comment nous pouvons nous implanter en Guinée sans qu’HubPharm y soit physiquement présente. »

Elle a déclaré qu’elle et son équipe, dirigée par le fondateur de HubPharm, M. Sesan Kareem, « gèrent les opérations cliniques et la chaîne d’approvisionnement en médicaments qui soutiennent plus de 10 200 patients atteints de maladies chroniques au Nigeria et dans 11 autres pays ».

La CEDEAO a été créée en mai 1975 par le Traité de Lagos pour favoriser l’intégration régionale. Elle compte une population estimée à plus de 300 millions de citoyens et combine des activités économiques intégrées avec un PIB estimé à 734,8 milliards de dollars américains, tournant autour, sans toutefois s’y limiter, de l’industrie, des transports, des télécommunications, de l’énergie, de l’agriculture, des ressources naturelles, du commerce, des questions monétaires et financières, ainsi que des affaires sociales et culturelles.

Pour tirer parti des avantages de la ZLECAf et faire progresser l’industrialisation du continent, les huit communautés économiques régionales (CER) d’Afrique, y compris la CEDEAO, devraient formaliser et donner la priorité au commerce intérieur grâce aux opportunités offertes par les technologies numériques et à une coopération au développement renforcée.

Selon les organisateurs du CEDEAO Business Startups, « les prix vont au-delà d’une compétition pour créer une plateforme régionale durable pour l’entrepreneuriat et l’innovation. Un héritage clé sera l’Académie de développement du secteur privé de la CEDEAO, une plateforme d’apprentissage numérique permanente conçue pour renforcer les capacités des startups, des entrepreneurs et des décideurs politiques en matière de développement des entreprises, de commerce et de compétitivité ».

« Avec le soutien de partenaires, notamment l’ITC, la GIZ, la compagnie aérienne ASKY, l’ONUDI (Organisation des Nations Unies pour le développement industriel) et la Banque d’industrie du Nigeria, la CEDEAO s’efforce de transformer l’énergie entrepreneuriale de l’Afrique de l’Ouest en entreprises évolutives, en chaînes de valeur régionales plus solides et en un meilleur accès aux marchés dans la région et au-delà », ont-ils affirmé.

Le lancement prévu de la monnaie unique de la CEDEAO, l’ECO, en 2027, devrait faciliter l’union monétaire et stimuler les activités commerciales en Afrique de l’Ouest et au-delà.

 

Paul Ejime est un analyste des affaires mondiales et consultant en communications sur la gouvernance stratégique.

Michel DIEYE

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