Dette publique : la BIDC estime que le Sénégal est loin du scénario ghanéen, mais appelle à restaurer la crédibilité budgétaire

Malgré un niveau d’endettement particulièrement élevé, le Sénégal ne se trouve pas dans une situation comparable à celle du Ghana. Selon le Quotidien EnQuête, c’est la principale conclusion du rapport 2026 de la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC), qui consacre une analyse détaillée aux différences entre les trajectoires des deux économies ouest-africaines.

Contrairement au Ghana, dont la crise est née d’un choc brutal de liquidité provoqué par les conséquences de la pandémie de Covid-19 et de la guerre en Ukraine, le Sénégal fait face à une crise d’une nature différente, souligne l’institution financière régionale.

Selon la BIDC, le Ghana a été confronté à une dégradation rapide de sa notation souveraine, entraînant une fuite massive des investisseurs, une forte dépréciation de sa monnaie et un défaut de paiement en décembre 2022. Cette situation a conduit Accra à restructurer sa dette, y compris intérieure, dans le cadre d’un programme avec le Fonds monétaire international (FMI), avec de lourdes répercussions sur les banques, les fonds de pension et les épargnants.

Selon toujours le Quotidien EnQuête , le cas sénégalais est présenté comme celui d’une accumulation progressive de la dette entre 2018 et 2023, principalement liée au financement de grands projets d’infrastructures par des euro-obligations, des emprunts non concessionnels et des garanties accordées aux entreprises publiques.

La situation s’est toutefois compliquée après les audits réalisés en 2024 et 2025, qui ont révélé des déficits budgétaires et un niveau d’endettement largement sous-évalués. Ces révélations ont conduit le FMI à suspendre son programme avec le Sénégal, fragilisant ainsi la crédibilité des finances publiques.

Pour autant, la BIDC insiste sur le fait que le Sénégal n’a enregistré aucun défaut de paiement. Au contraire, le pays a honoré en mars 2026 une échéance de 471 millions de dollars au titre de ses euro-obligations, dissipant les inquiétudes d’une cessation de paiement à court terme.

L’institution invite néanmoins les autorités à une grande vigilance. Avec un ratio dette/PIB estimé à 130,2 % à la fin de l’année 2025, le Sénégal dépasse largement le plafond communautaire de 70 % fixé par la CEDEAO. Il rejoint ainsi le Cabo Verde, la Gambie et la Guinée-Bissau parmi les États de la sous-région ne respectant pas cette norme.

La Banque attire également l’attention sur un risque systémique. Contrairement au Ghana, où la dette était principalement détenue par des créanciers nationaux, une grande partie de la dette sénégalaise est portée par les banques de l’UEMOA. Une éventuelle restructuration pourrait donc fragiliser l’ensemble du système bancaire régional.

En conclusion, nous dit le quotidien EnQuête la BIDC estime que l’urgence n’est pas une restructuration de la dette, mais plutôt le rétablissement de la transparence budgétaire, du respect des règles de gouvernance financière et de la confiance des investisseurs. À ses yeux, c’est cette crédibilité retrouvée qui permettra au Sénégal de conserver son accès aux marchés internationaux et d’éviter que la crise actuelle ne se transforme en véritable crise financière.

Mamadou Nancy Fall
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