Décision du Bureau de l’Assemblée nationale de poursuivre un projet de l’Exécutif : sommes-nous à l’aube d’une crise institutionnelle ? Thierno Bocoum

En voulant opposer un contre-feu au scandale de l’ASER, que ni les manœuvres politiciennes ni les diversions médiatiques ne parviendront à éteindre, la majorité parlementaire a ouvert une séquence dangereuse.

 

Cette fois, c’est l’équilibre même de nos institutions qui est en jeu.

 

Dans un communiqué en date du  12 juin 2026, le Bureau de l’Assemblee nationale annonce avoir reçu, examiné et déclaré recevable une proposition de loi portant révision de la Constitution.

 

Cette initiative portée par un groupe de députés, aurait intégrée « toutes les observations issues de la décision du Conseil constitutionnel n°4/C/26 du 25 mai 2026. »

 

D’abord, le communiqué du Bureau fait référence à une décision n°4/C/26 du Conseil constitutionnel datée du 25 mai 2026. Pourtant, les documents du Conseil constitutionnel disponibles montrent que cette décision a été rendue à l’issue de la séance du 13 mai 2026, à la suite d’une saisine du Président de la République en date du 5 mai 2026, avant d’être délivrée le 27 mai 2026. À quoi correspond alors la date du 25 mai 2026 mentionnée dans le communiqué ?

 

Ensuite, cette décision trouve son origine dans une démarche du Président de la République lui-même, qui avait sollicité l’avis du Conseil constitutionnel sur un projet de révision de la Constitution.

 

Dès lors, pourquoi l’Assemblée nationale s’empresse-t-elle d’engager une initiative parlementaire sur ce même sujet avant même que l’Exécutif n’ait décidé de la forme et du calendrier de sa mise en œuvre ? Pourquoi vouloir prendre les devants sur un processus initié par le Chef de l’État ?

 

Dans un contexte marqué par des divergences de plus en plus visibles entre le Président de la République et le Président de l’Assemblée nationale, cette initiative peut légitimement être perçue comme une volonté d’affirmation politique du pouvoir législatif face à l’Exécutif.

 

Le Sénégal ne peut se permettre l’installation progressive d’une rivalité institutionnelle au sommet de l’État.

 

Le Président de l’Assemblée nationale semble déterminé à poursuivre son bras de fer politique avec le Président de la République, quitte à entraîner les institutions dans une logique de confrontation permanente.

 

Lorsque les ambitions politiques prennent le pas sur les équilibres institutionnels, le risque est grand de voir s’installer une crise dont les Sénégalais seront les premiers à subir les conséquences.

 

Les urgences du pays sont économiques, sociales et budgétaires. C’est sur ces priorités que l’Assemblée nationale est attendue.

 

Le pays attend le Débat d’Orientation Budgétaire qui doit se tenir avant la fin de ce mois de juin et qui doit permettre aux représentants du peuple d’examiner les grandes orientations économiques, les perspectives de croissance, le niveau de la dette publique, les équilibres budgétaires et les priorités sociales de la nation.

 

Voilà le terrain sur lequel l’Assemblée nationale est aujourd’hui attendue.

 

Les Sénégalais attendent des réponses sur le coût de la vie, l’emploi des jeunes, l’investissement, l’agriculture, l’énergie, la dette et la soutenabilité des finances publiques.

 

Ils n’attendent pas l’ouverture d’un nouveau cycle de tensions institutionnelles.

 

Thierno Bocoum

Président Agir- Les Leaders

Dieyna SENE
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