« Je n’ai plus envie de vivre dans un pays où l’incompétence est une vertu et l’immaturité, une compétence. »
Les sociétés traversent parfois des périodes où les récits prennent le pas sur les résultats, où la ferveur l’emporte sur la méthode et où les promesses paraissent plus importantes que leur réalisation.
Le Sénégal n’échappe pas à cette réalité.
Dans un pays confronté à des défis majeurs d’emploi, de revenus, d’éducation, de santé ou encore de compétitivité économique, les discours de rupture trouvent naturellement un écho. Ils nourrissent l’espérance et offrent des réponses simples à des problèmes souvent complexes.
Mais vient toujours le moment où les récits se confrontent au réel.
Car gouverner exige davantage que des slogans et des effets d’annonce. Cela requiert de la méthode, de la compétence, de la constance et la capacité à construire des compromis durables.
Cela suppose aussi de reconnaître les contraintes, d’accepter la complexité et de faire prévaloir l’intérêt général sur les intérêts de camp, les loyautés partisanes ou les ambitions personnelles.
Les deux premières années du régime actuel ont illustré cette réalité. Elles ont surtout rappelé une vérité simple : ce pays a besoin de sérénité, de méthode et de cohérence.
La confrontation permanente, les récits héroïques et les promesses de lendemains radieux peuvent mobiliser les foules et remplir les stades. Ils ne créent pas d’emplois, n’améliorent pas le pouvoir d’achat, ne soignent pas les populations et ne préparent pas l’avenir.
Le défi du Sénégal est sans doute moins celui d’une révolution que celui d’une maturité collective.
La maturité de préférer les résultats aux récits.
La maturité de faire primer la compétence sur la ferveur.
La maturité de placer l’intérêt général au-dessus des fidélités partisanes.
La maturité de comprendre qu’aucun homme, aucun parti et aucun leader ne peut, à lui seul, porter le destin d’une nation.
Il appartient désormais aux citoyens de dépasser la fascination des récits et le culte de la personnalité. L’esprit critique, l’exigence de résultats et le sens de l’intérêt général doivent reprendre toute leur place dans le débat public.
Le moment est venu de juger les dirigeants sur leur capacité à améliorer concrètement la vie des Sénégalais : créer des emplois, renforcer la compétitivité du pays, améliorer l’accès aux soins, préserver le pouvoir d’achat, former les jeunes, rendre la justice plus accessible et redonner de la dignité à chacun.
La véritable rupture est peut-être là.
Dans le retour à cette sagesse que nos anciens n’ont cessé de nous transmettre. Car lorsqu’on ne sait plus très bien où l’on va, il est parfois utile de revenir au legs reçu en héritage : le travail, la responsabilité, la connaissance, la mesure et le sens de l’intérêt général, autant de repères nécessaires pour traverser les mutations de notre époque.

