Face à la polémique suscitée par l’affaire Softcare, le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Dr Ibrahima Sy, a livré une déclaration détaillée pour éclairer l’opinion publique. À l’issue d’une enquête approfondie menée par un comité interinstitutionnel, les autorités affirment qu’aucune preuve d’utilisation de matières premières périmées n’a été établie et qu’aucun risque sanitaire n’a été démontré. Le gouvernement annonce toutefois plusieurs mesures pour renforcer le cadre réglementaire et la surveillance du secteur.
Le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Dr Ibrahima Sy, a tenu à apporter des clarifications sur l’affaire dite « Softcare », une controverse qui a suscité de vives inquiétudes au sein de l’opinion publique concernant la sécurité sanitaire et la fiabilité du système de régulation des produits cosmétiques et d’hygiène corporelle.
Dans une déclaration de presse, le ministre a rappelé qu’en tant que garant, au nom de l’État, de la protection de la santé des populations et de l’intégrité du dispositif de régulation, il lui revenait d’établir les faits et de répondre aux interrogations légitimes soulevées par cette affaire. Selon lui, les préoccupations exprimées par les citoyens ont été « pleinement entendues » et ont conduit les autorités à diligenter des investigations approfondies afin de faire toute la lumière sur la situation.
Une enquête interinstitutionnelle pour établir les faits
Dès l’apparition de la controverse, consécutive à la publication des conclusions d’une inspection réalisée le 29 octobre 2025, le ministre affirme avoir ordonné une enquête interne approfondie. Parallèlement, un comité ad hoc interinstitutionnel a été mis en place afin de garantir une expertise scientifique et administrative indépendante.
Ce comité regroupait des représentants de l’Assemblée nationale, du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique ainsi que du ministère de l’Industrie et du Commerce. Il comprenait notamment le député Insa Danfa, membre de la commission santé du Parlement, ainsi que plusieurs experts pharmaceutiques et toxicologues, dont le Pr Yérim Mbagnick Diop, ancien directeur de la Pharmacie et du médicament et coordonnateur du comité.
Des représentants de la Direction du commerce intérieur ont également participé aux travaux, notamment Saïdou Nourou Baro et Khadim Ndiaye, tous deux commissaires aux enquêtes économiques.
Auditions, analyses et visite du site de production
Chargé d’examiner l’ensemble du dossier, le comité a procédé à l’audition de tous les protagonistes, notamment l’Autorité de régulation pharmaceutique (ARP) et l’entreprise Softcare. Les experts ont également analysé les rapports d’inspection, les notes administratives, les textes juridiques applicables et divers documents relatifs aux systèmes de qualité.
Les membres du comité ont par ailleurs effectué une visite sur le site de production de l’entreprise le 7 janvier 2026. Cette mission leur a permis d’examiner l’ensemble de la chaîne de fabrication, incluant les installations de production, les processus industriels, le laboratoire de contrôle qualité, les entrepôts de matières premières ainsi que les espaces destinés à la mise en quarantaine de produits périmés.
Aucune preuve d’utilisation de matières premières périmées
Au terme de ces investigations, les conclusions présentées par le ministre sont sans équivoque sur plusieurs points majeurs.
Le comité indique notamment que « la matérialité de l’utilisation de matières premières périmées n’a pu être établie ». De même, aucun élément scientifique ou technique n’a permis de démontrer l’existence d’un risque sanitaire pour les consommateurs.
L’enquête a également relevé certaines insuffisances dans la base juridique ayant encadré les inspections initiales. Selon les conclusions du comité, celles-ci ne reposaient pas sur des fondements réglementaires suffisamment clairs, notamment en raison de l’absence du décret d’application prévu par la loi n°2023-06 relative aux produits cosmétiques et d’hygiène corporelle.
Par ailleurs, la décision de retrait de certains produits aurait été prise sans respecter pleinement les dispositions réglementaires, en particulier l’absence de tests préalables requis.
Toutefois, les investigations ont mis en évidence certaines faiblesses dans le système de management de la qualité au sein de l’entreprise, notamment dans la gestion des produits périmés et dans les procédures d’étiquetage. Ces lacunes pourraient, selon le rapport, compliquer la mise en œuvre d’un retrait ciblé de produits par lot ou par série en cas de nécessité.
Le ministère rassure les consommateurs
À la lumière de ces conclusions, le ministère de la Santé affirme vouloir rassurer les populations. « Aucun risque sanitaire lié à l’utilisation de matières premières périmées n’a été établi », a insisté Dr Ibrahima Sy, soulignant que la protection des consommateurs demeure la priorité absolue de son département.
Le ministre a également rappelé que l’objectif du gouvernement est à la fois de garantir la sécurité sanitaire et de soutenir le développement d’une industrie nationale responsable, capable de contribuer au progrès économique du pays.
Des réformes annoncées pour renforcer la régulation
Au-delà des clarifications apportées, les autorités entendent tirer les enseignements de cette affaire afin d’améliorer durablement le dispositif de contrôle et de régulation.
Parmi les mesures annoncées figurent l’accélération de l’adoption du décret encadrant les produits cosmétiques et d’hygiène corporelle, l’élaboration de normes nationales relatives à la qualité et à l’étiquetage des produits, ainsi que la création d’un cadre formel de coordination entre l’Autorité de régulation pharmaceutique et la Direction du commerce intérieur.
Le ministère prévoit également la mise en place d’un dispositif renforcé de matériovigilance, destiné à améliorer la surveillance des produits sur le marché.
Enfin, les autorités souhaitent accompagner davantage les industriels vers une conformité complète aux exigences réglementaires et redynamiser le programme de vérification des importations, institué par le décret 91-1221, afin de mieux contrôler la qualité des produits non alimentaires entrant sur le territoire.

