Guantanamo, Abou Ghraib, torture : 25 ans après le 11-Septembre, Reed Brody dénonce les « erreurs » de la guerre contre le terrorisme

À l’occasion du 25e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, l’avocat américain et spécialiste des crimes de guerre Reed Brody a livré une lecture critique de la réponse des États-Unis aux attaques. Selon lui, la politique menée au nom de la lutte contre le terrorisme a produit des effets contraires à ceux recherchés, avec notamment Guantanamo, Abou Ghraib, les prisons secrètes de la CIA et le recours à la torture.

Vingt-cinq ans après les attentats du 11 septembre 2001, le bilan de la « guerre contre le terrorisme » continue de susciter débats et interrogations. Interrogé sur le rapport entre sécurité et droits humains, l’avocat américain et spécialiste des crimes de guerre Reed Brody a particulièrement mis en cause la réponse apportée par les États-Unis après les attaques.

Pour Reed Brody, la tragédie du 11-Septembre a été aggravée par certaines décisions prises dans les jours qui ont suivi. Il rappelle notamment les déclarations du vice-président Dick Cheney, cinq jours après les attentats, sur la nécessité pour les États-Unis de travailler du « côté obscur », ainsi qu’une directive présidentielle signée quelques jours plus tard et autorisant, selon lui, des pratiques particulièrement controversées de détention et d’interrogatoire.

Cette orientation aurait, estime-t-il, ouvert la voie à une guerre contre le terrorisme sans véritable limite géographique et contre un adversaire dont la définition demeurait, selon lui, imprécise.

Dans cette logique sont notamment apparus les centres de détention de Guantanamo et d’Abou Ghraib, ainsi que des prisons secrètes liées à la CIA. Reed Brody évoque également les techniques d’interrogatoire renforcées, les transferts de détenus vers des pays étrangers et les accusations de torture qui ont accompagné certaines de ces opérations.

Pour l’avocat, l’ironie réside dans le fait que ces politiques avaient été présentées comme des instruments destinés à renforcer la sécurité des États-Unis. Or, à ses yeux, elles auraient produit l’effet inverse, en alimentant notamment le ressentiment et en devenant des outils de recrutement pour les organisations terroristes.

Il rappelle à ce propos une déclaration de Joe Biden, alors sénateur, qui avait qualifié Guantanamo d’outil particulièrement efficace pour le recrutement de terroristes à travers le monde.

Reed Brody établit également un parallèle avec la réaction américaine aux attaques du 7 octobre contre Israël. Il rapporte les propos que Joe Biden aurait adressés au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, l’appelant à ne pas reproduire les erreurs commises par les États-Unis après le 11-Septembre.

L’avocat insiste ainsi sur le risque de répondre à une attaque terroriste sous le coup de la haine et de la colère. À ses yeux, l’expérience américaine montre que la vengeance et les décisions prises dans l’urgence peuvent conduire à des choix lourds de conséquences, tant sur le plan humain que sécuritaire.

Vingt-cinq ans après les attentats, son analyse pose donc une question centrale : comment lutter contre le terrorisme tout en préservant les principes fondamentaux des droits humains et de l’État de droit ?.

Michel DIEYE

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